Faculté Libre d'Astrologie de Paris (FLAP)

Le but de ce blog est lié à la création en 1975 du Mouvement Astrologique Universitaire (MAU) . Il sera donc question des passerelles entre Astrologie et Université mais aussi des tentatives de constituer des enseignements astrologiques.
Constatant les lacunes des astrologues dans le domaine des
sciences sociales (hommes et femmes, structures
nationales et supranationales etc), la FLAP assurera à ses
étudiants des connaissances de première main et les plus
récentes qui leur serviront de socle pour appréhender
l'astrologie et en repenser les contours.
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lundi 4 juillet 2022

Etudes sur Jean- Baptiste Morin (de Villefranche)

Naissance 23 février 1583 Villefranche-sur-Saône Décès 6 novembre 1656 (à 73 ans) Paris Activités Astronome, mathématicien, professeur, médecin, astrologue Autres informations A travaillé pour Collège de France (1630-1656) Jean-Baptiste Morin de Villefranche (23 février 1583 (25 août 1582 ou 11 février 1582 sont des dates fautives) - 6 novembre 1656) était un médecin et un mathématicien nommé à la chaire de Mathématique de Du Hamel au Collège Royal (devenu en 1870 le Collège de France) le 3 août 1629[1]. Il développa une activité de théoricien de l'astrologie sans faire d'enseignement officiel, puisqu'à son époque l'astrologie judiciaire, ou prédictive (la partie d'art divinatoire dans l'astrologie), avait été interdite par les papes en 1586 et 1631[2]. Seule l'astrologie naturelle (la partie scientifique de l'astrologie) était licite, majoritairement publiée dans les Almanachs. Ce qui fut considéré comme sa théorie fut publié post mortem, 5 ans après son décès, sans contrôle [?]. Elle fut intégrée par la communauté astrologique internationale au XXe siècle, dans le corpus de la "tradition", sans analyse critique des textes. Partisan du géocentrisme, selon la version officielle, il laissa un traité, non publié, qui révoque le géocentrisme et qui annonce une astronomie selon Kepler. Il apparaît, selon les mentions officielles des privilèges d'exploitation des textes (privilège du roi de mai 1658), que l'Astrologia Gallica, parue à La Haye en 1661, soit cinq ans après sa mort, NE SERAIT PAS de la main de Morin. [ Cette hypothèse paraît hautement hasardeuse. En effet l’opus majus que constitue l’Astrologia Gallica a été rédigé par Morin au moins dès 1631 (il mentionne ce projet déjà dans sa Solutio de 1631) et quasiment achevé en 1648, selon ses propres dires. Morin a peaufiné cette véritable encyclopédie de 784 pages, reprenant tous ses travaux jusqu’à la fin de sa vie, mais il n’eut ni le temps, ni peut-être plus prosaïquement les moyens pécuniaires pour la faire imprimer. On y trouve des ajouts postérieurs à 1648, comme la réfutation du Syntagma Philosphiae Epicuri de "l'épicurien" Pierre Gassendi (œuvre parue en 1649 à Lyon) — reprise de sa Dissertatio ... De Atomis, et Vacuo Contra Petri Gassendi Philosophiam Epicuream ..., de 32 pages, parue à Paris en 1650 et de sa Defensio suae Dissertationis De Atomis & Vacuo; adversus Petri Gassendi Philosophiam Epicuream. Contra Francisci Bernerii ..., de 136 pages, parue à Paris en 1651 —, ainsi que la discussion de l'éclipse totale de soleil du lundi 8 avril 1652 en Angleterre, mais partielle en France, l'un des fameux lundis noir (« Black Monday ») des Anglais. ] Il contesta que la solution au problème des longitudes en mer soit réglée par un mécanisme d'horlogerie. Il se trompait, car cette solution proposée au XVIIIe siècle par l'anglais John Harrison se révéla concluante, et pratique par tous temps de navigation. Il échangea une correspondance avec Descartes sur la théorie de la composition de la lumière, ayant un intérêt certain, avançant la notion théorique de grain et de "granulité", (avant celle des quanta de lumière découverte au XXe siècle). Son nom a été latinisé en Morinus. Sommaire 1 Biographie 2 Le problème des longitudes 3 L'astrologue 3.1 Morin et l'astrologie 3.1.1 Les techniques astrologiques de Morin de Villefranche 3.2 Controverses 4 Œuvres 5 Études sur Morin 6 Notes et références 7 Sources 8 Liens externes Biographie Morin naquit le 23 février 1583, à 8 heures 33 minutes, selon son livre titré "Ma vie devant les astres", ouvrage de Morin. Selon Claude Thebault, il naquit le 11 février 1583, à 21 heures 21 minutes (à paraître avec 3 preuves officielles, dans Les Vies de Morin avec et sans les astres) [ cette dernière date et cette heure sont dues à une lecture erronée des carrés astrologiques ; cf. infra ]. [ Remarque importante : l'entrée en vigueur du calendrier grégorien, une réforme du calendrier promulguée par le pape Grégoire XIII — avec un saut de dix jours par rapport au calendrier julien qui avait pris du retard (le vrai équinoxe astronomique de printemps arrivait déjà le 11 mars au lieu du 21, comme fixé par le Concile de Nicée en 325) et avec aussi la suppression des années bissextiles séculaires non divisibles par 400 — eut lieu en Italie et en Espagne dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 15 octobre 1582. En France, Henri III décida son entrée en vigueur dans la nuit du dimanche 9 au lundi 20 décembre 1582. Le 11 février 1583 indiqué ci-dessus est tout simplement une date encore donnée dans l'ancien style du calendrier julien. On était bien le 21 février 1583 du calendrier grégorien. Les dates du 25 août 1582 et 11 février 1582 sont infondées. Dans son Astrologia Gallica Morin dit de lui-même dans son propre carré astrologique établi pour sa date de naissance qu'il est né « 22 jours, 20 heures et 33 minutes de février 1583, en temps astronomique » ; on lit précisément ceci : « Nativitas Ioannis Baptistae Morini.1583 Februarii D. H. M. 22. 20. 33. T.A. ». C'est ici qu'il y a une ambiguïté qu'il faut lever : normalement, et cela depuis le XIVe s., les jours astronomiques sont en avance de douze heures sur les jours civils : ils commencent à midi le jour civil d'avant (jusqu'à la fin du XIIIe s. c'était le midi du même quantième civil) ; ainsi le jour astronomique nommé 22 février 1583 commence le 21 février civil 1583 à midi et le jour astronomique nommé 23 février astronomique 1583 commence le 22 février civil 1583 à midi. Cependant une autre caractéristique de la datation est à retenir : on ne donne pas une date civile, mais une durée avec un temps écoulé (completo ou perfecto). On peut le faire avec l'année, le mois, le jour l'heure et la minute, ou seulement avec une partie de ces données. Ici il est clairement donné l'année courante (currente, ou incompleto, ou imperfecto) et le mois courant, en toutes lettres ; par contre, les deux indications D.H.M. et T.A. explicitent deux choses : le fait que 22 jours, 20 heures et 33 minutes se sont écoulés en ce mois de février 1583 et que le temps est astronomique, donc que le jour commence à midi. L'autre carré astrologique de la même page va conforter cela : il donne aussi un argument décisif pour éliminer la date indiquée ci-dessus du 11 février julien, soit le 21 février grégorien, soi-disant à 21 h 21. En effet, c'est là le premier carré astrologique donné à la p. 397 de son Astrologia Gallica, qui se rapporte non pas à son jour de naissance, mais à la veille, le jour de la Nouvelle Lune de février 1583 qui a bien eu lieu le 22 février civil 1583 à 9 h 38, comme nous pouvons le vérifier aujourd'hui sur le site de l’IMCCE. Dans la notation de Morin on lit : « Figura Novilunii praecedens Nativitatem Ioannis Baptistae Morini. 1583. Februarii D. H. M. 21. 21. 43. T.A. », donc « 21 jours, 21 heures et 43 minutes de février 1582, en temps astronomique », c'est-à-dire le 22 février civil à 9 h 43, à cinq minutes près du calcul moderne ! On doit donc conclure sans hésiter que Morin utilisait les jours, heures et minutes en temps écoulé (completo), avec le jour astronomique avancé de 12 heures et commençant à midi la veille. Selon les deux carrés astrologiques, la Nouvelle Lune a bien eu lieu le 22 février civil 1583 et Morin est bien né le lendemain, soit le 23 février civil 1583. On voit de plus que Morin a la modestie de ne pas aller jusqu’à la seconde près dans ses carrés astrologiques ! Mais certains, qui n'ont pas su les lire, ont cru comprendre que Morin donne comme heure de sa naissance 22 h 20 min et 33 s, voire 21 h 21 min 43 s, car ils n'ont pas compris la notation avec les indications T.A. et D.H.M. ( Une précision : midi solaire correspondait ce 23 février 1583 à 12 h 14 à Villefranche-sur-Saône, un écart dû à ce que l'on appelle l'équation du temps qui définit l'écart entre le temps solaire vrai et le temps solaire moyen ; ainsi, pour être rigoureux, il faudrait encore 14 minutes, soit ajouter 20 heures et 47 minutes pour obtenir le moment à retenir, donc non pas 8 h 33, mais 8 h 47, ce qui perturberait encore le carré astrologique... ). Bref, Morin utilise naturellement, mais il le précise explicitement, le "temps astronomique", T.A., qui commence non pas à minuit, mais à midi, et où les lettres D.H.M. signifient en latin "jours", "heures" et "minutes" écoulés en durée, tout simplement. Les nombres, ici séparés par un point, sont des cardinaux et non pas des ordinaux. Il faut rappeler que le jour en temps astronomique commence aussi actuellement à l'heure de midi, comme le fait le "jour julien", où chaque instant est donné en jour et fraction ordinaire, selon la dénomination de Joseph Juste Scaliger, le fils du Jules César Scaliger. ( Ainsi le premier jour julien a été défini par Scaliger comme débutant le 1er janvier -4712 (ou 4713 av. JC) à midi, sa valeur était alors strictement 0. À 13 h 00, il valait 0.0416666. À minuit ce soir là, il valait 0.5 et à midi le 2 (ordinal) janvier, exactement 1.0 (in tempore completo), car il s'était bien écoulé un jour entier. N.B. : c’est en l'honneur de son père Jules que Joseph nomma le jour de son nouveau comput, créé dans son De emendatione temporum, paru par pure coïncidence justement en 1583. Ici l'adjectif "julien" n'a donc rien à voir avec le calendrier julien ). Concernant la date du baptême de Jean Baptiste Morin, qui est très bien attestée en ce 23 février 1583, rien n'interdit de penser que l'enfant ait été baptisé le jour même de sa naissance, une pratique très courante, étant donnée la forte mortalité des nouveau-nés... ] La date donnée depuis 343 ans est celle de son acte de baptême. L’enquête de la revue Astroemail, édition 130, publia cet acte intégral retrouvé aux Archives du Rhône. Il ne comporte ni mention de son jour de naissance, ni son heure. À l’époque, un délai de survivance des nourrissons était appliqué par les parents, auquel mit fin le Concile de Trente en ordonnant le rite du baptême dans un délai de 3 jours. Cette habitude entra dans les mœurs au XVIIIe siècle en France, car Henri III refusa lors de la rédaction de l'Ordonnance de Blois de mai 1579 de publier les textes du Concile, au motif que les nouvelles dispositions papales interféraient avec son autorité royale. L’Astrologia Gallica, publie 3 dates de naissance, fausses et contradictoires de Morin. [ Cette affirmation est incorrecte : voir la remarque importante ci-dessus, car le troisième carré astrologique de la p. 396 se rapporte à un tout autre personnage, Jérôme Cardan, né le 24 septembre 1501, à 6 h 40 T.A., soit à à 18 h 40. De plus, Morin redonne son propre carré astrologique, mais recalculé par triangulation sphérique (per Triangula Spaerica) à la p. 780, cependant avec une petite minute de différence : 20 h 34 min ] Morin est mort à son domicile à Paris à 2 heures du matin le 6 novembre 1656, L'édition française de 1660, chez le libraire Jean Hunault de La Vie de Maistre Jean Baptiste Morin, est l'œuvre des héritiers de Morin, une mention indiquée dans le privilège royal d'exploitation de mai 1658. Le rédacteur est vraisemblablement l'abbé de Laubérie, contrairement à l'assertion d'Aurélien Ruellet, dans sa thèse soutenue à Tours en 2014, qui attribue la rédaction à Guillaume Tronson, exécuteur testamentaire de Morin. Or Tronson est l'auteur de l'apologie de Jean Racine publiée dans le Nécrologue et Calendrier de Port Royal. Le texte de Tronson ne présente aucune correspondance de style d'écriture avec le roman épique, picaresque et rocambolesque de La Vie de Maistre Jean Baptiste Morin. Aurélien Ruellet eut le mérite de publier une version partielle du testament de Morin, lequel comporte une révélation inconnue depuis 343 ans, relative à l'état, ainsi qu'au statut de Morin. Il résulte de ce document, que lors de son retour de voyage dans les mines de Hongrie, en mars 1616, Morin reçut les ordres mineurs, à Paris, de l'archevêque de Gondi. Morin devint à partir de mars 1616 et jusqu'à sa mort en 1656 un clerc tonsuré, en mesure de recevoir des bénéfices ecclésiastiques. Une vie de 40 années sous les ordres de l'église. Cette donnée efface les relations de son biographe posthume sur sa vie de duelliste (autant de duels qu'il avait d'années d'âge), ainsi que ses rapports aux femmes. Le droit canon imposait des règles précises à cet effet. Morin reçut un cadeau exceptionnel de Guillaume du Vair, sous la forme d’un séjour touristique, et d’étude, d’une année, tous frais payés en Allemagne, Hongrie et Transylvanie. À son retour de ce voyage, il écrivit un livre de reportage, une innovation, intitulé Nova Mundia Sublunaris anatomia, comportant deux pages de dédicace expressément très reconnaissantes à Du Vair pour son extrême générosité. Il entra comme médecin au service de l’abbé commendataire Charles de la Bretonnière à l’abbaye de Saint Évroult dans l’Orne jusqu’en 1626, date de son entrée en service, en province, comme médecin ordinaire du duc de Luxembourg jusqu’en août 1629. La vie de Morin de 1616 à 1621, date de la mort de Guillaume du Vair, comporte de nombreuses zones d'ombre. Il existe des présomptions selon lesquelles Morin était au service de Guillaume du Vair, Garde des Sceaux de Louis XIII, donc son ministre de la justice. Morin n’aurait jamais été employé comme médecin par l’évêque Claude Dormy au Prieuré Saint-Martin-des-Champs, située 270-292 rue Saint-Martin à Paris. Cette affabulation est insérée dans les deux biographies posthumes de Morin. Il publia une apologie d'Aristote en 1624, cultiva également l'optique parallèlement à ses travaux d'astrologie. Morin lança l'idée de créer un Observatoire astronomique à Paris, connu originellement sous le nom de Bureau des Longitudes, qui lui est resté, devenu l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides IMCCE. La vie de Morin doit s'interpréter en fonction de son réseau relationnel, lequel fait apparaître une forte influence des opposants au pouvoir royal, notamment ses liaisons avec l'entourage direct de Gaston d'Orléans. Il existe ainsi une lecture politique de la vie de Morin, comme il existe aussi une lecture religieuse de sa vie, au regard de ses engagements. En effet, dès 1616 Morin professait la thèse dans laquelle les Jansénistes se reconnaissaient, selon laquelle Jésus n'était pas mort pour tous les chrétiens, mais seulement pour les prédestinés à être sauvés. Cette lecture induit une conséquence sur sa théorie astrologique, selon laquelle les astres prédestinent par circonstances. Très différente du déterminisme développée par André Barbault, à la suite des écrits hâtifs de Henri Selva et de Jean Hiéroz au début du XXe siècle. Morin obtint en 1629 la chaire de mathématiques du Collège Royal (Collège de France dès 1870), mais son adversaire Pierre Gassendi occupa la seconde chaire de mathématiques en 1645, L'épisode Morin s'intercale entre les débuts de la diffusion de la théorie de l'héliocentrisme (Copernic, Galilée, Kepler), la découverte des lois de la mécanique céleste (les 3 lois de Kepler de 1610) et le raidissement de la religion catholique sur le principe du géocentrisme issu de Ptolémée jusqu'à Tycho Brahe. Partisan déclaré du géocentrisme, Morin apporta sa caution à l'Église. À la fin de sa vie il laissa un manuscrit ambigu, non publié, faisant état d'un doute sur l'immobilité réelle de la Terre comme centre du monde. Morin combattit également le système de Descartes, qu'il avait rencontré en 1638. Mais Morin, farouchement attaché au système géocentrique de Ptolémée et donc opposant au "copernicanisme" (en compagnie de Libert Froidmont) — le système héliocentrique de Nicolas Copernic désormais accepté par Paolo Antonio Foscarini, Galilée, René Descartes, Pierre Gassendi, Nicolas Claude Fabri de Peiresc, Marin Mersenne, les Lansberge, Philippe, le père, et Jacob, le fils, et Johannes Kepler — voyait bien, très probablement, que le fait de supprimer la stabilité, l'immobilité et la centralité de la Terre dans le nouveau système du monde ainsi proposé allait remettre en cause les actions supposées s’exercer sur la Terre par des astres tournant uniquement autour d'elle, comme centre du monde ; car ces effets sont tous "rayonnés", dirigés directement sur le centre du monde dont désormais la Terre était exclue par Copernic. L'avènement de l'héliocentrisme allait marquer la fin de l'astrologie basée sur le géocentrisme, la Terre devenant une planète comme les autres tournant autour du Soleil ; et en plus, aucune des nombreuses sphères célestes de l'ancienne astronomie ptolémaïque ne tournait plus autour de la Terre chaque jour ! Morin aurait, semble-t-il, comme Giovanni Battista Riccioli, volontiers donné sa préférence au système "mixte" de Tycho Brahe, qui faisait toujours tourner le Soleil autour de la Terre centrale, les autres planètes évoluant autour du Soleil. La mort de Morin, selon l'extrait testamentaire publié, laissa la communauté des astrologues sans directive théorique à adopter au moment où l'astronomie évoluait du système de Tycho Brahe à celui de Kepler, puis de Newton. En effet, il ne laissa pas de manuscrit posthume selon les documents publiés. Ce défaut de directive explique la régression des astrologues du XXe siècle. Morin testa le 5 novembre 1656, in extremis, quelques heures avant de décéder à Paris, dans son logis, rue des Morfondus au Faubourg Saint Marcel, en face du couvent des Doctrinaires, le 6 novembre 1656. Il est inhumé dans l'église Saint-Étienne-du-Mont. Le problème des longitudes Morin proposa en 1634 sa solution au « problème des longitudes » : celle-ci était fondée sur la comparaison entre le temps apparent et le temps absolu, lequel était déduit de la position relative de la Lune par rapport aux étoiles ; c'était, en somme, une variante de la méthode des distances lunaires. Morin apporta ses propres améliorations pour rendre cette approche efficace, comme l'amélioration des instruments de visée et la prise en compte de la parallaxe lunaire. Il dénigra la proposition de Frisius d'utiliser une horloge de précision embarquée : « J'ignore si le Malin peut réussir à fabriquer une horloge à longitude, mais ce serait folie pour l'homme de s'y essayer »[3]. Morin s’intéressa à la résolution du problème des longitudes en raison notamment du prix de 20 000 livres prévu pour récompenser le lauréat en mesure d’apporter une solution aux difficultés rencontrées par les navigateurs. Afin d’écarter Morin des compétiteurs, le Cardinal de Richelieu nomma un membre du Collège royal dans la commission, en la personne de Jean Boulenger, titulaire d’une chaire de mathématique de 1606 à 1636. Morin fut officiellement désavoué à deux reprises par un de ses pairs, véritable mathématicien. Sur le problème des longitudes Morin se trompa lourdement, puisque, contrairement à ce qu’il soutenait, ce fut bien l’invention faite par un horloger, John Harrison en 1773, d’un chronomètre marin, réalisé dans un alliage spécial de métaux, une horloge spécialement conçue pour fonctionner quelles que soient les conditions météorologiques, qui résolut le problème au XVIIIe siècle, avec le choix combiné d’un méridien de référence, celui de Greenwich. Devant les enjeux que représentaient ces recherches pour la marine, le Cardinal de Richelieu envisagea de récompenser Morin, mais nomma un comité d'évaluation pour s'assurer de l'intérêt des propositions du professeur de mathématiques. Le comité, composé de Jean de Beaugrand, Étienne Pascal, Claude Mydorge et Pierre Hérigone, formula d'emblée diverses objections à Morin, qui indiquaient que le procédé, fondé scientifiquement, n'était simplement pas praticable. La controverse dura cinq ans, Morin refusant de se rendre aux conclusions de ses juges : il suffisait, selon lui, d'améliorer les méthodes de résolution des triangles sphériques ainsi que les tables lunaires. Dans le cours de son argumentation, il en vint à proposer la création d'un observatoire astronomique à Paris. Finalement, en 1645, le Cardinal de Mazarin, successeur de Richelieu, accorda une pension de 2 000 livres à Morin pour ses travaux d'astronomie nautique. L'astrologue Astrologia Gallica (1661) Morin et l'astrologie Vers la fin de sa vie, Morin écrivit en latin l'Astrologia Gallica, un traité qu'il n'a pas assez vécu pour le voir imprimé. Composé de 26 chapitres très complexes en latin, il a été publié à La Haye en 1661 sous la forme d'un portfolio épais d'environ 850 pages. Cet ouvrage couvre l'astrologie généthliaque, l'astrologie judiciaire, l'astrologie mondiale, l'astrologie élective et l'astrologie météorologique. Ces textes ont été traduits en français, en espagnol et en allemand, Des traductions et une paraphrase en anglais sont disponibles. Les techniques astrologiques de Morin de Villefranche On sait que Morin s'intéressait systématiquement à l'extrapolation de ce qui était promis dans son thème de naissance. Tout d'abord, il étudiait la localisation du thème astral, à savoir les maisons astrologiques[4]. Comme techniques prédictives, Morin considérait les transits comme une technique subsidiaire, bien qu'elle soit néanmoins l'une des clés de la datation précise des événements. Il analysait tout d'abord la position (en Maisons puis en signes) du Soleil (LA VOLONTE) et (ensuite) de la Lune (LES émotions, LES sentiments). Ses outils techniques de prédilection étaient les révolutions solaires, les directions, la révolution lunaire. Controverses Morin NE SERAIT PAS l'auteur du volumineux traité Astrologia Gallica, paru à la Haye en 1661. Les auteurs seraient ses héritiers, ainsi qu'il en est fait mention dans le privilège royal d'exploitation de mai 1658, figurant dans l'édition française de La Vie de Maistre Jean Baptiste Morin, parue en 1660. En réalité, ce privilège accorde simplement le droit de faire publier les œuvres de Morin, il ne désigne aucunement les héritiers en tant qu'auteurs mais simplement en tant qu'ayants droit. L'édition, remaniée, de l'Astrologia Gallica, imprimée à La Haye, comporte en fin d'ouvrage une prohibition majeure. En effet, l'Église et le pouvoir royal interdisaient l'astrologie judiciaire, ou prédictive, dans le royaume de France, alors que les Pays Bas protestants la toléraient. L'Astrologia Gallica publie le carré de Pythagore (soit le thème astral) de Louis XIV, avec la date et l'heure exacte donnée par Gaston d'Orléans ayant assisté à la naissance du roi, lors de l'accouchement public d'Anne d'Autriche. Cet insert interdit, caractérisant un fait de lèse-majesté, est le fait de Nicolas Goulas de la Motte, premier gentilhomme de la chambre de Gaston d'Orléans, une publication faite en réaction des Jansénistes, amis de Morin, à la répression religieuse de Louis XIV à leur égard, à partir des années 1660 en France. Le nom de Morin fut ainsi instrumentalisé. Selon Jacques Halbronn, seuls certains ajouts et annexes ne sont pas de Morin. On voit mal dans ce cas la portée du privilège royal qui autorise les héritiers à publier les ouvrages astrologiques de Morin si le pouvoir royal interdisait l'astrologie ! Dans la gravure ci-dessus par Étienne Desrochers donnant son portrait on peut lire, en conclusion de ce débat : À ceux qui font mouvoir la terre Morin résista vivement. Mais cette astronomique guerre N'en détruit point le mouvement. Œuvres Quelques œuvres de Morin sont disponibles sur Gallica. Famosi et antiqui problematis de telluris motu, vel quiete, hactenus optata solutio (appelée Solutio par abréviation), impr. Pierre Ménard, Paris, 1631 ; 1657 Responsio pro Telluris quiete / Ad Jacobi Lansbergii Doctoris Medici Apologiam pro Telluris Motu. Ad Eminentissimum Cardinalem Richelium, Ducem, et Franciae Parem (appelée Responsio par abréviation), impr. Jean Libert, Paris, 1634 Longitudinum terrestrium et caelestium nova et hactenus optata scientia, impr. Jean Libert, Paris, 1634 Response de Iean Baptiste Morin à une longue lettre de Monsieur Gassend, prevost en l'église épiscopale de Digne, & professeur du roy aux mathématiques. Touchant plusieurs choses belles et curieuses de physique, astronomie, & astrologie, Paris, Macé Boüillette, Jean Le Brun, 1650 Dissertatio Io. Bapt. Morini Doctoris Medici, et Parisiis Regii Mathematum Professoris. De Atomis, et Vacuo Contra Petri Gassendi Philosophiam Epicuream. Ad Serenissimum Principem Henricum Borbonium Metensium Episcopum, S. Germani a Pratis Abbatem, &c. (appelée Dissertatio par abréviation), Paris, 1650 Io. Bapt. Morini Doctoris Medici. et Regii Mathematum Professoris Defensio suae Dissertationis De Atomis & Vacuo; adversus Petri Gassendi Philosophiam Epicuream. Contra Francisci Bernerii Andegavi Anatomiam ridiculi muris, &c. Ad Serenissimum Principem Henricum Borbonium Metensium Episcopum, S. Germani a Pratis Abbatem, &c. (appelée Defensio par abréviation), Paris, 1651. Remarques astrologiques sur le commentaire du Centiloque de Ptolémée par Nicolas de Bourdin, impr. Pierre Ménard, Paris, 1657. Astrologia Gallica Principiis et Rationibus Propriis Stabilita, Atque in XXVI Libros distributa. Non solùm Astrologiae Judiciariae Studiosis, sed etiam Philosophis, Medicis, & Theologis omnibus per-necessaria : Quippe multa complectens eximia ad scientias illas spectantia. Opera & Studio Joannis Baptistae Morini, apud Gallos è Bellejocensibus Francopolitani, Doctor Medici, & Parisiis Regii Mathematum Professoris. Ejus Anagramma, Mira Sapiens Uni Bono Stat (appelé Astrologia Gallica, par abréviation), libr. Adriaan Vlacq, La Haye, 1 vol. in-fol. I–XXI + 784 p., 1661. trad. partielle : Jean Hiéroz, L'astrologie mondiale et météorologique de Morin de Villefranche, trad. du livre XXV, Leymarie, 1946, 176 p. Henri Selva, La Théorie des déterminations astrologiques de Morin de Villefranche (conduisant à une méthode rationnelle pour l'interprétation du thème astrologique) (Bodin 1902), Éditions Traditionnelles, Paris, 1976 - Traduction partielle des livres XXI et XXVI de Astrologia Gallica, traduits et présentés par Henri Selva, préface par André Barbault Ma vie devant les astres, collationné dans Astrologia Gallica et traduit par Jean Hieroz avec les reproductions de 39 thèmes originaux de Morin, Cahiers astrologiques, 1943. James Herschel Holden a traduit certains tomes de l'Astrologia Gallica : Livres 13, 14, 15, & 19 (2006) Livre 16 (2008) Livre 17 (2008) Livre 18 (2004) Livre 22 (1994) Livre 23 (2004) Livre 24 (2004) Livre 25 (2008) Livre 26 (2010) Études sur Morin Claude Thebault : "Morin comment il trompa tout le monde " enquête spéciale documentée avec preuves et analyses critiques février 2014, Astroemail 130, http://www.astroemail.com Biographie anonyme : La Vie de maistre Jean-Baptiste Morin, docteur en médecine et professeur royal aux mathématiques à Paris (1660) Jean Hiéroz, L'astrologie selon Morin de Villefranche, quelques autres et moi-même, 2e édition remaniée et augmentée, Éditions Omnium Littéraire, 1962. (en) Lynn Thorndike, A history of magic and experimental science, vol. VII : The seventeenth century part I, 1958, 695 p. Chap. XVI Morin's Astrologia gallica [1] Deux documents inédits sur Jean-Baptiste Morin (1583-1656). Édition critique de son testament et de son inventaire après décès. Denis Labouré : Lire un thème avec Morin de Villefranche, Éditions Spiritualité Occidentale, 2012, http://www.spiritualite-occidentale.com Denis Labouré, Cours pratique d'astrologie, 8 juillet 2004, 404 pages, (ISBN 978-29-11806-45-2) Jacques Halbronn : Intr. aux Remarques Astrologiques de J. B. Morin de Villefranche, Paris, Retz, 1975 Texte français modernisé Jacques Halbronn : Intr. à Le Centiloque de Ptolémée par Nicolas Bourdin, Ed Trédaniel, 1993 Jacques Halbronn : Questions autour de l'éclipse de 1654 attribuées à Gassendi, in Gassendi et la modernité, dir. Sylvie Taussig, Brepols, 2008 la base ouverte sur les recherches relatives à Morin de Villefranche engagées depuis 2014, http://astroemail.com/morin/morin.html analyse des éléments partiels de la succession de Morin publiés par Aurélien Ruellet http://astroemail.com/morin/archives-papiers-de-succession.html Steven Vanden Broecke : "An Astrologer in the World-System Debate. Jean-Baptiste Morin on Astrology and Copernicanism (1631-1634)", in : Copernicus Banned. The Entangled Matter of the anti-Copernican Decree of 1616, Biblioteca di Galilaeana. VIII., Museo Galileo + Istituto e Museo di Storia della Scienza, Firenze, 2018, pp. 223-241 Notes et références archives consultées au Collège de France Wilhelm Knappich, Histoire de l'astrologie, éd. Vernal/Philippe Lebaud, 1986, (ISBN 9782865-940226), page 214. Cf. Halbronn, L'étrange : Histoire de l'astrologie. (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Jean-Baptiste Morin » (voir la liste des auteurs). Sources

jeudi 18 mai 2017

mercredi 3 août 2016

Claude Thébaut : sur la polémique de Gassendi et de Morin de Villefranche

CRITIQUE FONDAMENTALE DE L'ASTROLOGIE DE MORIN



© 2014 ASTROEMAIL polémique Gassendi Morin sur l'astrologia gallica

parue 12 ans avant l'édition de l'Astrologia Gallica



Une analyse restée sans effets...




par claude thebault, éditeur d'Astroemail

La principale critique argumentée, de l’œuvre maîtresse de Morin, paraissait en 1649, 12 ans avant sa publication. 1649 année où la rédaction des 26 chapitres, ou livres, était déjà terminée ainsi que Morin l’écrivit lui même. L’appréciation portée sur son travail est celle d’un connaisseur de l’astrologie, le mathématicien Gassendi. Il avait en effet,  formulé en 1638, à Salon de Provence, une série d’observations pertinentes à propos des prédictions écrites de Nostradamus, sur l’horoscope d’Antoine Suffren, dont toutes les circonstances de la vie contredisaient les pronostics rédigés.

 Voici le texte que Gassendi adressa à Morin :

« Or en premier lieu, je n’ai point du tout parlé, que je sache, de votre Astrologia Gallica, mais seulement de l’astrologie en général.(…) Cependant est digne de blâme celui qui condamne une chose qu’il n’a point vue, ou qu’il ne connait point.

Vous prenez finement l’occasion de dire que votre Astrologica Gallica n’est point jusque ici mise en lumière, et que jusqu’à présent je ne l’ai point vue. Pour avoir prétexte de me blâmer devant tous les sages, de ce que je nie, me moque et tiens pour des bourdes et des chimères, une chose que je n’ai point vue.

S’il est de bonne foi, ou non,  de compliquer ainsi les matières du fait, et du droit, pour en tirer ces conséquences, je m’en rapporte. Mais quand j’aurais spécialement parlé de votre Astrologia Gallica, ce que je n’ai point fait, si ce n’est que vous vouliez dire qu’elle est comprise sous l’Astrologie en général, dont en général je me moque. Je crois avoir assez de raisons pour présumer qu’elle se trouvera aussi bien digne de moquerie que la Chaldaïque ou Babylonienne, que l’Egyptienne que la Grecque, que l’Arabique, que l’Italique, et toutes ces autres, lesquelles vous décriez vous-même, pour accréditer la seule Gallique votre chère engeance.

Ma présomption est fondée non seulement sur la connaissance générale que je puis avoir de ces choses. Mais encore sur de particuliers échantillons, que vous avez laissé voir de cette incomparable science. En second lieu, sur ce que pour faire mieux voir le tort que j’ai de la blâmer, vous me reprochez hautement que je n’ai jamais dressé ni jugé aucune figure céleste. Avouez que vous usez envers moi d’une hardiesse bien présomptueuse. Qui mériterait d’être repoussé par un célèbre démenti, si je pouvais obtenir de moi de faire le fanfaron comme vous. Mais me contentant de vous dire que cela est faux, je demande en même temps très humblement pardon à Dieu, de n’avoir autrefois employé que trop de temps après ces bagatelles. Il est vrai qu’il m’en demeure au moins cette satisfaction que j’en ai pour une bonne fois reconnu la vanité. Et que j’ai pris de là occasion d’appliquer mon esprit, et de donner mon temps à de plus solides, plus sérieuses, et meilleures choses. Et non seulement cela mais encore d’en avoir conçu un tel mépris, que j’ai toujours depuis eu en horreur de passer dans le Monde pour un diseur de bonne aventure, et eu pitié de moi-même, de ce qu’en ma jeunesse j’avais été si sot, et si faible que d’y avoir ajouté quelque fois. ….

« la maladie de poitrine qui me prit l’année dernière, et qui continue encore à me travailler, vous avez bonne grâce de m’en parler, maintenant que la chose est arrivée comme si vous n’aviez pas plutôt du me le prédire auparavant, si vous vouliez que je prisse cela pour une preuve de la perfection de votre science devineresse. Je ne sais certes, comment après vous avoir si souvent interpellé de me déclarer par avance quelque événement qui fut capable, sinon de me convaincre. À tout le moins de me rendre vraisemblable la certitude dont vous avez accoutumé d’assurer que vos prédictions sont accompagnées. Vous continuez de m’alléguer des événements ex post facto.

Lesquels vous savez bien que je ne prends point pour argent comptant, comme font ceux que vous embabouinez de votre artificieux caquet. Etant fort bien instruit de cette infinie et compliquée variété de maximes, qui fait que, quoi que ce soit qu’il arrive, l’on peut soutenir qu’il devait arriver, sinon par cette voie-ci, du moins par celle-là. Et ce qui est de considérable, que posent deux événements contraires, l’on trouvera parmi ce tripotage, que l’un et l’autre étaient prédits. L’importance serait, d’annoncer déterminément un événement qui fut à venir, et dont la cause ne fut point apparente. Tels qu’étaient il y a 6 ans ma vocation et mon acceptation pour ladite Chaire, ou la maladie contractée ensuite. Mais il ne vous a jamais été possible, ou si une fois, ou deux vous l’avez entrepris, il vous a très mal réussi. »

Les idées maîtresses de ce long texte se résument ainsi :

-  Les astrologies, gallique ou étrangères, se ressemblent toutes les unes les autres. Aucune ne surpasse l’autre. La nationalité est sans incidence, dès lors que cela s'appelle astrologie. Peu importe l'habillage il s'agit de la même chose, car les fondements sont communs. Notamment en ce qui concerne la Française, au regard de ses applications pratiques, et de l’usage qu’en a fait son concepteur JB Morin. Un constat de fait.

Un second élément fonde l’affirmation de Gassendi, selon laquelle toutes les astrologies ne valent rien. Elles postulent TOUTES que la terre est immobile au centre du système solaire. Gassendi avait la preuve du contraire, que c’était le Soleil, à raison de ses nombreuses observations astronomiques, notamment depuis ses découvertes des lunes de Jupiter. Il prônait l’héliocentrisme par démonstrations de fait. En conséquence, il récusait par méthode, les corrélations symboliques basées sur une mécanique géocentrique. Morin, «géocentriste» convaincu mais sans preuves, éluda l’argument, incapable de comprendre sa portée. Gassendi formulait un concept d'opposition fondamentale de nature purement mécanique.

-  Le critique, Gassendi, s’estime qualifié, connaissant l’astrologie par une pratique passée à partir laquelle il a formé son opinion sur les limites de cette discipline.

-   Morin pratique l’astrologie en mode rétrospectif, après les événements. Reconstituant le passé après coup. Il est passé maître dans la technique consistant à faire coller le passé avec une histoire convaincante. Recours à la discipline narrative. Usage systématique du biais de confirmation et de la déformation rétrospective. Il entortille habilement ses interlocuteurs dans l’illusion de la prédiction à postériori.  Incapable de travailler en mode prospectif. Ainsi que d’utiliser une discipline expérimentale. Ses rares essais se soldent par des échecs. Sa méthode d’astrologie gallique s’avère inapplicable en mode prolepse, car elle ne permet aucune prévision avant l’événement. En écartant les événements susceptibles d’être déduit à l’avance par la simple observation des modes de vie par exemple.

Ce à quoi Morin répondit ceci :

« Finalement, pour mon ASTROLOGIE que j’ai nommée Gallique pour honorer ma patrie, vous me faites pitié de la vouloir attaquer. Car étant si ignorant comme vous êtes, puisqu’elle n’est pas encore en lumière, & ignorant de l’astrologie en général, puisque vous la bafouez : qu’en pouvez vous dire que des sottises ? Aussi ne l’attaquez-vous pas par aucune raison, ni en votre grande lettre, ni en votre apologie, de peur de découvrir votre ignorance : mais seulement lui faisant la moue, & disant, que vous vous en moquez, & la tenez pour des bourdes, si elle est comprise sous l’Astrologie en général, Etant aussi bien digne de moquerie que la Chaldaïque, ou Babylonienne, ou Egyptienne, ou Grecque, ou Arabique, ou Italique. Lesquelles vous semblez estimer différentes.

Et faites tout de même que si quelqu’un se moquait de l’Astronomie de Tycho Brahé, par ce que c’est la même que celle de Copernic, d’Alphonse, & de Ptolémée, où il se trouvent de notables erreurs, ou bien croyait toutes ces Astronomies être sciences d’espèces différentes. Mais quand ce ne serait que pour le respect de Ptolémée qui a donné les deux sciences d’Astronomie et d’Astrologie, et qui a été si grand personnage, si honoré en son temps, & depuis ce vieux temps ; vous devriez parler de l’Astrologie plus modestement, et ne le point tenir pour un sot, de s’être amusé à des bourdes."

-  Vous ignorez de quoi vous parlez et ne dites que des sottises. Morin ridiculise la critique, la prenant de haut comme un affront personnel, au lieu de répondre au débat d'idée.

-   Ce que vous dites de l’astrologie s’applique aussi à l’astronomie. Respectez les maîtres au lieu de dénigrer, vous qui n’êtes rien. Autrement dit une attitude aristotélicienne sur le mode « le maître a toujours raison » ou la formule aristoteles dixit. Ce qui prouve que Morin était intellectuellement limité, ayant atteint son niveau d'incompétence après sa nomination au Collège de France.

Morin laissa sans réponse la principale critique formulée contre sa méthode, celle de son impuissance prédictive. Il ne tint aucun compte de l’avis de Gassendi. Le dernier chapitre de son Traité intitulé « des interrogations et des élections astrologiques »comporte en exemple illustratif, en mode analepse, le cas du ministre Chavigny qu’il conseilla à titre de démonstration. Un plaidoyer sur le mode du passé. Nulle part, dans aucun de ses chapitres, l’Astrologia Gallica ne comporte d’anticipation du futur. Ni de prévisions relatives au régne personnel de Louis XIV qui débutait alors.

Ce qui explique, vraisemblablement, que la publication de son œuvre maîtresse s’accompagna de l’épisode mystificateur de sa fausse date de naissance[1]. L’éditeur, son exécuteur testamentaire, s’employa à faire coller la vie de Morin en mode de vérité officielle, arrangée, typique des Biographies des dictateurs du Xxe siècle, avec une fausse date de naissance, afin d’égrener des contrevérités, et des mensonges présumés, prédits par l’astrologie.

Quand de prétendus astrologues au XXe siècle,  Jean Hieroz, et Henri Selva, tombent dans le panneau de la mystification Morin, se laissant grossièrement abuser. Cela prouve, autant leurs complaisances, par le survol rapide de sa théorie, que leurs absences de recul, leurs limites intellectuelles, et leurs carences critiques.

Idem du professeur d’Histoire, Hervé Drévillon, auteur de Lire et écrire l’Astrologie dans la France du Grand Siècle 1610-1715, s’apitoyant sur le pauvre Morin, décrit comme « le plus malheureux des hommes ». Egrenant les malheurs annoncés par sa date de naissance comme des réalités avérées, négligeant de vérifier préalablement l’authenticité de la pièce.

Tirant ensuite des larmes, à faire pleurer les crocodiles, sur le fait que Morin fut dans l’impossibilité matérielle, sous entendu financier, de publier son Astrologie Gauloise. Que n’a-t-il consulté les pièces de son testament, l’argent y était. Morin est mort riche. Les bornes du déplorable sont franchies avec le travail bâclé du professeur Drévillon, jusqu’au pitoyable. Contrairement à l'affirmation de Drévillon, l’histoire de Morin ne ressemble nullement à celle d’une « déchéance ». Morin vivait à Paris, en qualité de locataire de son logement, au fond de l’actuelle rue Rollin, 5e arrondissement de Paris, à l’angle de la rue du Cardinal Lemoine.

Après la vie falsifiée de Morin, en mode de vérité officielle, la Faculté nous sert l’histoire de Morin en mode révisionniste. Après tout ce n’est qu’une continuité…


[1] Astroemail 130 dans « Vie de Morin sans les Astres » apporta la preuve du registre des baptêmes selon laquelle Morin est né à une autre date que celle du 23 février 1583 qui est fausse. L’Astrologia Gallica a été réécrite post mortem afin de faire coïncider des événements fictifs de la vie de Morin avec cette date mystifiée de 1583.  Autrement dit le déterminisme fabriqué de toutes pièces

Pour en savoir plus sur le Dossier Morin Astroemail 131


cf  article Morin  sur wikipedia