Faculté Libre d'Astrologie de Paris (FLAP)

Le but de ce blog est lié à la création en 1975 du Mouvement Astrologique Universitaire (MAU) . Il sera donc question des passerelles entre Astrologie et Université mais aussi des tentatives de constituer des enseignements astrologiques.
Constatant les lacunes des astrologues dans le domaine des
sciences sociales (hommes et femmes, structures
nationales et supranationales etc), la FLAP assurera à ses
étudiants des connaissances de première main et les plus
récentes qui leur serviront de socle pour appréhender
l'astrologie et en repenser les contours.
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jeudi 31 juillet 2025

Richard Pellard Astromancie et astrologie: un malentendu paradoxal

Astromancie et astrologie : un malentendu paradoxal par Richard Pellard Et si l’astrologie était née d’un gigantesque malentendu qu’on pourrait aussi assimiler à un vivant paradoxe ? Cela pourrait expliquer la persistance archaïque de l’astromancie dont elle serait alors l’enfant involontaire et inattendu, si l’on considère que l’enfant en question, en refusant de renier sa mère qui ne l’a jamais reconnu vu qu’elle n’a jamais imaginé qu’une telle créature ait pu naître de son ventre fertile ? Sommaire L’Homme préhistorique et le Ciel L’astromancie originelle De l’astromancie à l’astrologie Prévoir ou prédire, il faut choisir Les limites du prévisible Faut-il brûler les astromanciens d’aujourd’hui ? Qui est le “père” de l’astrologie ? En guise de conclusion provisoire… Dans cette hypothèse, l’astromancie aurait accouché de l’astrologie, improbable bébé qu’elle n’imaginait ni n’attendait et qui, au fond, ne lui ressemble pas beaucoup, si ce n’est une commune référence et révérence aux astres. L’astromancie se serait-elle fait faire un bébé dans le dos ? Cela expliquerait-il que l’astrologie a “bon dos”, autrement dit que ses prétentions prédictives seraient indûment alléguées comme justifications ou excuses par ceux qui fuiraient leurs responsabilités épistémologiques (qu’ils soient astrologues ou anti-astrologues) en refusant de couper un cordon ombilical à la fois authentique et source de ce gigantesque malentendu paradoxal ? A-t-on le droit de renier sa mère au prétexte qu’on se sent très peu d’atomes crochus avec elle, tout en reconnaissant néanmoins l’essentiel lien de filiation qui nous unit à elle ? En d’autres termes, l’astrologie peut-elle renier sa mère l’astromancie tout en assumant quand même sa parenté et son héritage ? La réponse est oui. Sous certaines conditions. L’Homme préhistorique et le Ciel C’est une vieille histoire, aussi vieille que l’humanité. On ne peut donc que tenter d’imaginer des scenarii permettant d’expliquer a posteriori, en fonction de nos connaissances actuelles, ce qui s’est passé dans une très lointaine antiquité. Les premiers hommes n’avaient pas de bouquins de science, de télescopes, d’Internet ni de magasins où acheter tout ça. Ils vivaient en symbiose avec leur milieu naturel où il leur fallait survivre dans des conditions rudes et précaires. Et pour assurer cette survie, ils ne disposaient que d’une solution : être à l’écoute des signaux émis par la nature, ressentir, observer et capter les forces visibles et invisibles qui la parcourent pour essayer de prévoir ce que cette immensité mystérieuse leur préparait. La nature, c’était avant tout la Terre et le Ciel — et ça l’est toujours pour nous aujourd’hui. La Terre : un monde chaotique, dangereux et imprévisible. Le Ciel : un monde ordonné, tranquille (sauf quand le Dieu de l’Orage faisait des siennes) et prévisible, où étoiles et planètes reviennent régulièrement à la même place, permettant à ces nomades de se guider dans leurs déplacements. Dans l’animisme primitif, les forces invisibles mais agissantes de la nature ont été assimilées à des dieux dont il fallait se concilier les bonnes grâces et tenter de prévoir les réactions grâce à toutes sortes de méthodes rationnelles ou irrationnelles permettant d’essayer de savoir de quoi demain serait fait en cherchant des présages dans le grand livre ouvert et sans mots de la nature. Parmi ces forces naturelles déifiées, il en est de visibles (le dieu du Tonnerre, le dieu des Mammouths, le dieu de l’Eau, etc.) et d’invisibles… et parmi elles les forces astrales. On ne saura jamais les premiers noms que celles-ci ont reçu, qui devaient infiniment varier selon les tribus. Par contre, ce qu’on sait avec certitude, c’est que les ethnies les plus primitives, donc animistes, peuplant encore notre Terre aujourd’hui (pour combien de temps encore ?) se caractérisent par une très grande intuition des forces de la nature, par un incroyable instinct que nous autres “civilisés” avons pour la plupart d’entre nous en grande partie perdu. On peut donc penser que nos lointains ancêtres avaient cette très grande intuition et ce profond instinct des réalités visibles et invisibles du Ciel et de la Terre. Les millénaires ont passé, ces savoirs se sont transmis de génération en génération par l’intermédiaire des shamanes tandis que se sophistiquait l’aptitude au langage parlé et l’observation et la connaissance du ciel et de ses présages. Petit à petit, siècle après siècle, millénaire après millénaire, parmi la multitude de dieux animistes qui représentaient les forces de la nature, certains ont émergé du lot parce qu’ils étaient des lieux de convergence des principales forces. C’est probablement ainsi que sont apparus dans l’imaginaire humain les premières déités de religions organisées. Des déités habitant presque toutes dans le Ciel apparemment immuable et ordonné, et dont nos ancêtres pensaient qu’étoiles et planètes étaient les messagers. L’astromancie originelle Puis vient le temps où apparut en Mésopotamie, il y a environ 5000 ans, la plus vieille religion connue du monde. Ses principaux dieux portaient les noms des astres visibles du système solaire, qui étaient leurs représentants dans le Ciel : Shamash (le Soleil), Shin (la Lune), Nabu (Mercure), Ishtar (Vénus), Nergal (Mars), Marduk (Jupiter) et Ninib (Saturne). Dans la pensée mythique des prêtres-astronomes-astrologues babyloniens, “le médium était le message” (McLuhan) : en d’autres termes, les planètes exprimaient la volonté des dieux (des forces de la nature) qui portaient le même nom, et en même temps elles étaient ces dieux… une chose difficile à comprendre pour la pensée cartésienne différenciatrice et binaire. Pour comprendre et prévoir la volonté des dieux, les mésopotamiens ont conjointement inventé — ou plutôt découvert — l’astronomie et l’astromancie. Pendant des millénaires, l’astrologie-astromancie fut avant tout au service du pouvoir temporel et religieux (les deux étant alors indissociables) et “éminemment politique : elle annonce victoires ou défaites, prospérité ou famine, désordres civils ou stabilité du trône. Les astres et les planètes sont porteurs de messages divins concernant la collectivité.” (Pierre Villard) Cela ne fait aucun doute : du début de l’étude systématique et rationnelle du Ciel par l’Homme vers 2300 ans avant J.-C., si l’on se réfère au premier document astrologico-astronomique connu jusqu’à l’apparition, vers 420 av. J.-C., du premier thème individuel natal connu (et de son interprétation), tous deux retrouvés en Chaldée, on ne trouve pas de traces de l’astrologie “psychologique” telle que nous l’entendons aujourd’hui. Ce qui a régné pendant près de 2000 ans, c’est une astromancie collective basée sur des recherches astronomiques qui la fondaient. Nos ancêtres astromanciens de cette longue période ne s’intéressaient pas du tout à l’horoscope “miroir du sujet”, vu que l’horoscope individuel n’existait pas, en accord avec l’absence concomitante de la notion d’individualité. Et en passant, n’oublions pas que cette astromancie primitive était pratiquée en association avec d’autres techniques divinatoires irrationnelles telles que les haruspices (lecture du futur dans les entrailles d’animaux éventrés). Non, décidément, l’astrologie n’existait pas en ces temps reculés. Elle n’a commencé à voir le jour que vers 500 av. J.-C., lorsque le zodiaque a été divisé par les Chaldéens en douze parties égales appelés “Signes”, et surtout entre 420 et 300 av. J.-C., lorsque l’astrologie chaldéenne naissante, encore largement empreinte d’astromancie, a fait son apparition en Grèce, les Chaldéens amenant aux Grecs leurs vastes connaissances en astronomie et en astrologie, et les Grecs apportant à l’astrologie chaldéenne leurs théories physiciennes, leur philosophie et leur logique rationnelle, laquelle a probablement joué un rôle majeur dans la différenciation entre astromancie et astrologie. De l’astromancie à l’astrologie Imaginez le scénario : l’observation des mouvements des astres était initialement vouée à la prédiction d’événements collectifs et de catastrophes naturelles, et ces prédictions étaient la plupart du temps infirmées par les faits, ce qui n’a pas empêché pour autant le maintien et le développement de l’astromancie, puis de l’astrologie. C’est stupéfiant… mais pas plus stupéfiant, au fond, que le maintien et le développement de la physique ou de la médecine, par exemple, elles aussi basées sur des conceptions erronées du réel et d’une efficacité plus que douteuse. Ce qui ne les a pas empêchées de progresser en se remettant radicalement en question, ce qui n’a pas été le cas de l’astrologie, restée prisonnière de sa magique matrice astromancienne selon laquelle tout ce qui se produisait dans le monde sublunaire était implacablement déterminé par les astres. Dans la phase de transition entre astromancie et astrologie (c’est-à-dire la période pendant laquelle est né l’horoscope individuel avec son corollaire, la possibilité d’une astrologie “psychologique” relativement autonome par rapport à l’astrologie purement prédictive), les deux — astromancie et astrologie — sont restées intimement mêlées, à l’instar d’un bébé dont le cordon ombilical le reliant à sa mère n’aurait pas été coupé, inaugurant son existence autonome. Puis, au fil des siècles, sans que ce cordon soit rompu, l’astrologie a commencé à prendre une relative autonomie par rapport à l’astromancie, grâce aux réflexions pré-conditionalistes de quelques grands astrologues-astronomes tels que Ptolémée, Cardan ou Kepler qui ont admis et/ou théorisé le fait que les influences astrales n’étaient que relatives et ne s’exerçaient par conséquent qu’à l’intérieur de déterminismes terrestres plurifactoriels (hérédité, sexe, éducation, etc.). La distinction entre prévision (évaluation d’une échéance possible dont l’astrologie n’est qu’un des déterminants) et prédiction (affirmation d’une échéance certaine dont l’astrologie est la seule cause) devenait alors possible. Cette phase de transition n’est malheureusement pas terminée, tant chez les astrologues que chez les anti-astrologues, et encore moins pour le grand public consommateur d’horoscopes. Les houleux débats qui viennent d’agiter la FDAF (dont je ne fais pas partie) en témoignent. De trop nombreux astrologues continuent, sous des masques variés et avec des motivations multiples, à fonctionner comme des astromanciens d’il y a 40 siècles. Une minorité éclairée (conduite par les conditionalistes) a coupé le cordon ombilical sans renier sa maman astromancienne qui avait des circonstances atténuantes, certes, mais insuffisantes pour qu’on la laisse persévérer dans une astrolâtrie prédictionniste que les échecs répétitifs et quasi-systématiques ont condamnée pour tout être doté de raison et de sens de l’observation, qu’il soit astrologue ou non. Prévoir ou prédire, il faut choisir L’enfance ne meurt jamais en nous. Même adultes, nous restons l’enfant que nous avons été, que nous le voulions ou non. Mais nous ne sommes pas obligés de continuer à nous comporter comme des enfants lorsque nous sommes devenus adultes. L’astromancie, c’est l’enfance de l’astrologie. Elle persiste en nous sous la forme de croyances irrationnelles selon lesquelles tout serait écrit d’avance dans l’horoscope et les transits. On a le droit de croire à ce conte de fées en dépit des mécomptes de faits qu’on peut aisément lui opposer. Mais il est quand même temps que l’astrologie en finisse avec son enfance astromancienne et reconnaisse enfin que sa puissance prédictive est quasi-nulle. J’en reviens ici au malentendu et au paradoxe que j’énonçais au début de ce texte : née d’un désir prédictif collectif exempt de tout psychologisme individuel, l’astromancie a accouché de l’astrologie, extraordinaire instrument — pour qui sait le manier — de compréhension du fonctionnement des individus, indépendamment de toute volition prédictive. Ultime assomption de ce malentendu réaliste et paradoxal : l’astrologie dépouillée de sa gangue astromancienne permet de prévoir le comportement d’un individu dès sa naissance, ce qui confirme son pouvoir prospectif tout en enterrant ses velléités prédictionnistes ! Autrement dit, l’astrologie est née d’une matrice qui n’aurait pas dû lui donner le jour, mais qui en a quand même paradoxalement accouché ! De quoi faire flipper l’étroit cerveau d’un scientiste rationaliste ignorant des paradoxes dont l’épistémologie regorge pourtant à foison… et feignant d’oublier que toutes les sciences sont nées des questions que se posaient les Hommes au sujet des relations et interactions entre le Ciel et la Terre ! Prévoir ou prédire, il faut choisir… Le “prévoir” permet de couper le cordon ombilical entre astromancie et astrologie tout en maintenant le lien de filiation. Le “prédire” n’est que de l’astrolâtrie, autrement dit une régression infantile. L’astrologie ne doit pas se priver de ses moyens de prévoir, mais humblement, dans un cadre probabiliste, à l’intérieur d’un cadre de déterminations et conditionnements multifactoriels et par conséquent extra-astrologiques qui doivent clairement être appréciés comme tels. Elle doit abandonner toute velléité de prédire quoi que ce soit dans l’absolu. Et tant pis si cela la conduit à s’opposer à sa mère l’astromancie : c’est cela, devenir adulte. Les limites du prévisible L’astromancie prédictive ayant été mise à la place qui devrait depuis longtemps être la sienne, c’est-à-dire au musée, reste à délimiter le domaine de l’astrologie prévisionnelle. Cet abandon de l’astromancie doit évidemment aller de pair avec celui des techniques prévisionnelles magico-symbolistes telles que les directions et progressions qui n’ont de réalité que dans l’imaginaire. Seuls les transits devraient être pris en compte, en s’accordant sur le fait qu’ils ne sont que des indicateurs de tendances et de problématiques et non des déclencheurs d’événements. Les transits posent des questions auxquelles il revient aux individus de répondre dans le cadre de la situation extra-astrologique (familiale, professionnelle, affective, spirituelle, économique, etc.) où ils se trouvent. Dans cette optique non-déterministe ou pluri-déterministe, à un même transit deux individus ayant le même Thème natal peuvent réagir de manière totalement opposée en fonction du contexte où ils se trouvent et de leur évolution personnelle. Sur le plan de l’astrologie individuelle, 35 ans d’expérience de la consultation m’ont appris que la prévision ne pouvait être que probabiliste et ne pouvait s’opérer que dans le cadre d’une analyse multifactorielle des divers déterminismes qui conditionnent un individu à un moment donné. Ils m’ont également appris que plus un individu avance en âge, plus il devient possible de prévoir (et non prédire… mais parfois presque !) la manière dont il est susceptible de réagir à un transit. Avant l’âge de 30 ans environ (soit la durée approximative du cycle de Saturne), il est quasiment impossible de prévoir comment il va réagir à un transit, d’une part parce qu’il en a encore vécu très peu de similaires, et qu’on ne peut donc pas se baser sur les réactions qu’il avait eu alors pour tenter d’évaluer celles qu’il serait susceptible d’avoir à l’avenir, et d’autre part — mais les deux phénomènes sont liés — parce que sa personnalité est encore en construction… donc assez imprévisible. À partir de 50 ans par contre, l’individu a vécu plusieurs transits similaires, et sa personnalité s’est structurée et plus ou moins stabilisée, notamment en fonction de ses réactions aux différents transits. En le questionnant pour savoir comment il a réagi à ceux-ci, et si l’on constate qu’il a toujours réagi de manière à peu près identique, on peut pronostiquer avec une bonne probabilité de ne pas se tromper, qu’il risque fort de réagir à l’identique lors d’un transit similaire à venir, non par une sorte de fatalité astrale, mais du fait de nos automatismes de répétition qui se renforcent avec l’âge. C’est ce qu’on appelle le conditionnement. Ceci dit, en quoi cette prévision à très forte probabilité de réalisation effective peut-être être utile au consultant ? En rien, si ce n’est qu’un verdict du genre : “Monsieur X., étant donné que lors de vos quatre précédents transits de la planète Y sur le point Z de votre Thème vous avez réagi de manière dysfonctionnelle et inadaptée, vous recommencerez dans deux ans lors du cinquième transit.” Il est beaucoup plus utile de lui dire : “Monsieur X., étant donné que lors de vos quatre précédents transits de la planète Y sur le point Z de votre Thème vous avez réagi de manière dysfonctionnelle et inadaptée, vous risquez fort de faire de même dans deux ans lors du cinquième transit. Mais vous pouvez éviter ce désagrément en essayant de modifier dès maintenant vos conduites dysfonctionnelles afin d’éviter de commettre à nouveau les mêmes erreurs dans deux ans.” S’il en résulte pour le consultant une prise de conscience salutaire, l’astrologue peut alors lui proposer un programme et des méthodes pour résoudre ou mieux intégrer sa problématique, que le consultant sera alors libre d’accepter ou de refuser. S’il accepte et parvient à modifier ses comportements dysfonctionnels, échappant à ses automatismes de répétition, ce qui était prévisible ne se réalisera pas et c’est tant mieux pour lui. S’il refuse ou se montre incapable de se remettre en question, la prévision se réalisera… non pas à cause d’une quelconque fatalité astrale ou du génie prophétique de l’astrologue, mais du fait de cet automatisme de répétition auquel le consultant n’aura pas su, pu ou voulu échapper. Dans cette perspective, vouloir prévoir pour prévoir est une imposture nuisible au consultant. Ce qui lui est utile, c’est que l’astrologue lui propose des stratégies de transformation pour éviter que des prévisions tragiques ne se réalisent. Il faut pour cela à l’astrologue beaucoup d’humilité et de sens de l’humain, qualités dont semblent dépourvus les matamores de la prédiction ou de la prévision à tout va qui se glorifient de leurs victoires en passant sous silence leurs échecs en la matière. Évidemment, une telle conception du caractère prévisionnel de l’astrologie va à l’encontre de la demande des consultants avides de “connaître leur avenir” par n’importe quel moyen, et des astro-charlatans qui font de leurs prédictions un commerce lucratif et une base d’auto-promotion narcissique. Mais c’est un autre problème qu’il n’y a pas lieu d’aborder ici, sinon en soulignant le fait que ces astro-charlatans sont en fait des astromanciens de pacotille qui trahissent les vertigineuses intuitions des vrais astromanciens primitifs qui avaient su découvrir la mystérieuse relation entre l’Homme et le Ciel avec les instruments cognitifs de leur époque et de leur stade de développement intellectuel. Faut-il brûler les astromanciens d’aujourd’hui ? Nous n’en sommes plus à l’ère de l’Inquisition (du moins dans les pays démocratiques et respectant les libertés individuelles et les droits de l’Homme). Les astromanciens ont donc le droit de vivre et de propager leurs inepties sur la place publique. Dans nos sociétés basées sur les lois du marché commercial, ils proposent une offre irrationnelle qui correspond à une demande irrationnelle. L’irrationnel étant au cœur du fonctionnement humain, il est vain de vouloir l’éradiquer. Il faut faire avec. Toutes les tentatives rationalistes de l’extirper ont échoué. Il est inutile et vain de tenter de recommencer. On peut prédire que ce serait un échec. Par contre, il est vital pour les astrologues un tant soit peu rationnels de dénoncer haut et fort leurs théories et leurs pratiques. L’astromancie est le talon d’Achille de l’astrologie, non pas sa part d’enfance, mais sa part d’infantilisme, ce qui n’est pas la même chose. Ceux qui ne sortent pas de l’enfance son condamnés à l’infantilisme, cette grotesque simagrée de l’enfance. Qui est le “père” de l’astrologie ? Au fait, si l’astromancie est la mère de l’astrologie, qui est son père ? Et lequel des deux est le plus indigne, le père ou la mère ? Je ne suis pas adepte des freudaines, donc je ne vais pas traiter ces questions sous l’angle du complexe d’Œdipe et blablabla. Quand j’ai écrit que l’astromancie était la “mère” de l’astrologie, ce n’était qu’une toute symbolique et symboliste figure de style. Mais puisque je l’ai utilisée, autant aller jusqu’au bout de la logique qui la sous-tend. Si la mère est Chaldéenne, le père ne serait-il pas Grec ? Même pas : les premiers documents “astro-psychologiques” connus datent d’avant (voir plus haut) la connexion entre l’astromancie Chaldéenne et les savoirs physiques et philosophiques hellénistiques. Donc le “père” semblerait bien, lui aussi, être Chaldéen, donc lui aussi astromancien. Comment alors comprendre le caractère “hybride” de l’astrologie, croisement improbable entre croyance irrationnelle et “science humaine” ? Je ne suis pas historien, mais j’imagine néanmoins qu’entre −420, date du premier document astro-psychologique connu, et −300, date du début de la fusion entre l’astrologie chaldéenne et les savoirs Grecs, il a quand même dû y avoir quelques perfusions de savoirs. Le “père” putatif pourrait donc bien être Grec… ce qui expliquerait assez bien le statut hybride de l’astrologie : astromancien irrationnel mais néanmoins créateur de l’astronomie, des mathématiques et du langage par sa mère qui était quand même riche d’un potentiel astrologique, astrologique-moderne par son père affamé de logique et de rationalité — donc digne fils de sa mère, quelque part, vu qu’elle ne l’avait pas attendu pour explorer rationnellement, expérimentalement et logiquement les mystères du Ciel et de la Terre. S’agirait-il alors de scissiparité, “mode de multiplication asexuée qui se réalise simplement par division de l’organisme” ? Dans ce cas, l’astromancie n’aurait pu reproduire que de l’astromancie, ce qui n’est pas le cas, sauf pour les astromanciens et anti-astrologues qui croient à ces fables. Laissons donc tomber ces idées de “mère” et de “père” et constatons l’existence de ce paradoxe doublé d’un malentendu qui n’en est un que pour la raison raisonnante : l’astrologie est née d’une interrogation de l’Homme sur ses relations avec le Ciel. Au début, cette interrogation avait un caractère intuitif et irrationnel. Puis elle devenue pensée et rationnelle. Ce qui signifie que l’irrationnel a accouché du rationnel. Nouveau paradoxe vivant et concret dont la signification échappe aux rationalistes et irrationalistes de tous poils, vu que tout est dans la conversion, donc dans la Relation entre les deux. Le paradoxe est au centre de tous les savoirs. L’alchimie occultiste a accouché de la chimie. En guise de conclusion provisoire… L’astromancie a accouché de l’astrologie, c’est un fait. Dans l’arbre généalogique idéel de tout astrologue du XXIe siècle figure un ancêtre astromancien, c’est indéniable. Tout comme il est indéniable que la chimie moderne a renié sa mère l’alchimie occultiste dont elle est pourtant l’héritière. La mère de la chimie était-elle indigne ? Non. L’alchimie faisait ce qu’elle pouvait dans la mesure des savoirs de son époque encore baignée d’irrationnel comme toutes les époques. L’alchimie était l’enfance de la chimie, susceptible de croire au merveilleux comme toutes les enfances. De plus, tous les alchimistes étaient peu ou prou astrologues et/ou astromanciens. Tous les savoirs, toutes les sciences ont des sources irrationnelles. Tous sont enfants de l’irrationnel, puisque c’est l’irrationnel qui a enfanté le rationnel (ne me demandez plus qui est le “père”). L’astrologie n’échappe pas à cette règle universelle. Ce qui fait sa spécificité, c’est qu’elle est le seul savoir à ne pas avoir coupé le cordon ombilical qui la relie à ses racines mythiques. Pourquoi ? Pour quelles raisons ou déraisons ? Probablement parce que c’est fondamentalement un savoir qui unit et relie et qui rechigne donc aux séparations. Très certainement parce que les astrologues n’ont pas voulu, su et/ou pu exercer un droit d’inventaire sur l’héritage astromancien. Pas voulu parce que l’illusion de toute-puissance prédictive leur conférait une aura de démiurges que l’astrologie seule n’aurait plus leur octroyer ; pas su parce qu’à l’époque de la naissance de la science moderne, ils ont été marginalisés… et se sont eux-mêmes guettoïsés en se réfugiant dans l’occultisme ; pas pu car une infime minorité d’entre eux se sont donné les moyens et ont eu l’audace d’opérer et de théoriser cette séparation, la majorité préférant se réfugier dans un conservatisme de boutiquiers frileux, les plus audacieux estimant qu’il n’y a pas une grande différence, au fond, entre un mythe, qu’on a un peu dépoussiéré pour le rendre réaliste, et une explication rationnelle (en passant, les explications rationnelles opérantes ne seraient-elles pas des mythes réalistes ?). Ces considérations philosophico-poétiques, sociologiques et épistémologiques n’excluent en rien la nécessité d’une explicative biophysique de l’influence astrologique, qui est à mon avis indispensable. Grand merci aux astromanciens de la lointaine antiquité qui ont fait de moi un astrologue. Je revendique et accepte l’héritage qu’ils m’ont transmis. Sous droit d’inventaire implacable, sans aucune concession. L’astrologie dont ils ont accouché a pris une autre route que la leur, une route inimaginable dans leur esprit. C’est souvent comme ça avec les enfants : ils ne font pas vraiment ce qu’on avait prévu pour eux. Comme quoi la prévision est faillible. Exercer un droit d’inventaire ne veut pas dire renier en bloc son héritage, pas plus que couper son cordon ombilical ne signifie tuer sa mère. De l’héritage de la mère astromancienne gardons donc le meilleur et l’essentiel : cette intuition d’une relation entre l’Homme et les astres du système solaire, dont le caractère cyclique et périodique permet la prévision. Et débarrassons-nous une bonne fois pour toutes du chimérique prédictionnisme magiste et fataliste.

jeudi 9 mai 2024

jacques halbronn Réflexions sur Les apects astrologiques (1982) de Bernard Blancher, La logique des doubles domiciles;

jacques halbronn Réflexions sur Les aspects astrologiques (1982, Ed AERA Dissonnance) de Bernard Blanchet. La logique des doubles domiciles;. L'auteur ne prend même pas la peine de rappeler quels sont les catégories d'aspects. Il semble croire que cette répartion est parfaitement consensuelle et se contente de discourir sur la gestion des dissonances et des harmonies bien que son maître, Jean Pierre Nicola, ait théorisé cette distinction(cf R. Pellard, La théorie conditionaliste des Aspects/Histoire des Aspects" 111e Jean-Pierre Nicola et la première théorie des Aspects "En résumé , rappelle Pellard, autre disciple de Nicola, l y a la conjonction qui contient dans sa marge d’effet tous les harmoniques des aspects dissonants et consonants, et il y a la suite des dissonants obtenus par les diviseurs 2, 4, 8 puis la suite des consonants obtenus par les diviseurs moyens des précédents : 3 (trigone) étant la moyenne de 2 plus 4, comme 6 est la moyenne arithmétique de 4 plus 8.” Cette théorie astronomique, au plan de l’émetteur, est complétée au plan du récepteur humain par une théorie sur les fondements réflexologiques des Aspects. Or, ce courant de l'Astrologie conditionliste ne prend pas en compte les Maitrises planétaires; Laissons à nouveau la parole à Richard Pellard: L’idée que chaque Signe du zodiaque est “naturellement” associé à un astre qui le gouverne est pour la plupart des astrologues une telle évidence que pratiquement aucun d’entre eux ne songe même à en préciser ou en rappeler les fondements. Ainsi, quelles que soient les différences d’approche qui les caractérisent et les philosophies parfois antagonistes qui les sous-tendent, la quasi-totalité des écoles d’astrologie est-elle d’accord sur au moins deux dogmes : la nature Élémentaire des Signes et l’intangibilité des Maîtrises planétaires. Le postulat selon lequel chaque astre du système solaire gouvernerait une portion de zodiaque n’a pourtant rien d’évident. Un astrologue du XXe siècle, à l’esprit critique et rationnel, soucieux de fonder l’astrologie sur de sérieuses bases astronomiques, est en donc en droit de s’interroger sur la nature de la relation astre-Signe en général et sur la pertinence du système des Maîtrises traditionnelles en particulier. C’est ce que cet article se propose de faire. Dans un premier temps, il m’a paru nécessaire d’effectuer un retour dans le passé, afin de retrouver les sources de la théorie des Maîtrises ; dans un deuxième temps, d’exposer les arguments astronomiques qui plaident contre la réalité des Maîtrises ; et dans un troisième temps, de démontrer à quel point l’utilisation de ce système peut être pernicieux, tant dans la théorie que dans la pratique astrologique." Toujours selon pellard à propos du Tableau des Maitrises : il se limite aux Planètes connues avant la découverte d’Uranus. Les Planètes sont en “dignité” lorsqu’elles se trouvent dans leurs Signes de Domicile (celui qu’elles “maîtrisent”) et d’Exaltation, et en “débilité” dans leurs Signes d’Exil et de Chute. Il n’y a aucune logique interne ni externe à ces attributions. On se limitera ici à la critique des seules “Maîtrises”, ce qui est suffisant pour démontrer que ce système est incohérent, irrationnel et sans fondement." Notre réponse: ce tableau est en fait le fondement même de la bonne théorie des aspects, à savoir que les "doubles domiciles" prévoient que chaque planéte puisse fonctionner sur deux plans, au cours de sa révolution au travers du zodiaque; Nous avons montré dès 1976 (Clefs pour l'astrologie; Ed Seghers) que les positions en domiciles étaient liées aux aspects de semi-sextile (saturne avec deux signes conjoints, le capricorne et le verseau, etc) de carré (Mercure en gémeaux et vierge, jupiter en sagittaire et poissons) ou en quinconce ( Vénus en taureau et en balance, Mars en scorpion et béilier). Cela signifie, tout de même quelque chose qu'il ne s'agirait pas d'ignorer, à savoir qu'une planéte doit pouvoir fonctonner sur plusieurs registres, faute de quoi elle ne serait pas opértionnel; Il est étrange que Pellard n'ait pas relevé ce principe récurrent qui est en contradiction avec la pratique des aspects harmoniques et dissonants, telle qu'évoquée fugacement par Blanchet; La théorie des aspects selon Nicola vient valider un tel dispositif : "Dissonants obtenus par les diviseurs 2, 4, 8 puis la suite des consonants obtenus par les diviseurs moyens des précédents : 3 (trigone) étant la moyenne de 2 plus 4, comme 6 est la moyenne arithmétique de 4 plus 8". Contrairement, donc, à ce qui est généralemet impliqué, il n'est pas "bon" qu'une planéte soit cantonnée aux signes pairs (féminins) ou aux signes impairs (masculine). L'aspect de trigone est donc en décalage avec une cyclologie viable tout comme celui d'opposition qui connecte deux signes pairs ou deux signes impairs sans parler de la conjonction où le même signe occupe tout le terrain. Nous n'avions pas à l'époque une telle incongruité mais mieux vaut tard que jamais. En astrologie EXOLS, Saturne passe alternativement par des signes en carré,comme le sont les solstices et les équinoxes (ex Bélier et balance, capricorne et balance) JHB 09 04 24

samedi 9 mars 2024

Richard Pellard Astrologie conditionaliste et spiritualité

Association pour la Recherche et l’Information en Astrologie Naturelle Vous êtes ici : ►Astro-documents ►Pour connaisseurs ►Astrologie & spiritualité Astrologie conditionaliste et spiritualité par Richard Pellard Acte du colloque “Astrologie et spiritualité” en 1992. Ce colloque réunit les représentants de différentes écoles d’astrologie autour d’un thème commun : astrologie et spiritualité. Certains parmi nous considèrent l’astrologie comme un langage symbolique, un puissant mythe explicatif qui n’est en rien concerné par les réalités astrophysiques du système solaire en particulier et du cosmos en général. D’autres estiment au contraire que l’influence des astres n’est pas symbolique, mais réelle, et qu’elle relève donc d’une physique encore inconnue qu’il s’agit de découvrir. D’autres encore s’interrogent sur la nature de cette mystérieuse relation qui unit l’Homme sur Terre à son environnement cosmique. Sommaire Introduction L’astrologie selon le conditionalisme Qu’est-ce que la spiritualité ? Le squelette planétaire et l’inconnu de l’Âme Introduction En dépit des différentes conceptions de l’astrologie qu’exprime l’existence de ces écoles, nous avons pourtant tous un point commun. Comme l’a si justement écrit Satprem, l’un des disciples du mystique et philosophe indien Sri Aurobindo, nous sommes tous des “fils du ciel par le corps de la Terre”, et nous nous passionnons pour l’étude des relations et interactions entre l’Homme et le système solaire dont fait partie cette petite planète bleue qu’on appelle la Terre — cela me semble une définition de l’astrologie qui peut convenir à tous les participants à ce colloque, quelle que soit l’école de pensée à laquelle ils appartiennent. L’astrologie, on le sait, a des racines religieuses. Les premiers astrologues sumériens étaient à la fois prêtres, astrologues et astronomes. Ces trois fonctions étaient d’ailleurs si intimement liées et confondues que, dans leur esprit, elles n’en formaient qu’une seule. Du haut de leurs ziggourats de l’antique Chaldée, ils observaient le ciel pour y découvrir la volonté de leurs dieux, qui portaient les mêmes noms que le Soleil, la Lune et les planètes visibles à l’œil nu… tout simplement parce que pour nos lointains ancêtres astrologues, planètes et dieux ne faisaient qu’un. En ce sens, ils n’étaient ni matérialistes, ni spiritualistes : ils avaient une perception globale de l’univers où créateur et création, nature et surnature, religion et science formaient un tout indissociable. En cette fin de XXe siècle, qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, l’astrologue, le prêtre et l’astronome sont désormais trois fonctions distinctes. Il est par ailleurs vraisemblable que personne dans cette salle, quelle que soit l’école astrologique à laquelle il se réfère, ne songerait à confondre les planètes du système solaire avec des divinités ni les éphémérides avec un quelconque sacré. Il n’en reste pas moins que la quête spirituelle de l’Homme, sa sensibilité à un au-delà de l’existence terrestre, ses questionnements sur la vie et la mort demeurent. L’astrologie ne témoignerait-elle pas de l’appartenance de l’homme à une plus vaste dimension ? Tout comme elle a échoué à empêcher de vibrer en nous nos fibres métaphysiques, la science matérialiste n’a pas pu extirper de la tête et du cœur de l’homme son pressentiment d’une relation entre le cosmos et lui. L’astrologie selon le conditionalisme Ceux qui connaissent la philosophie de l’école conditionaliste savent que ses thèses et écrits plaident pour une stricte séparation entre, d’une part, une astrologie dont les racines plongent dans le réel astronomique, et d’autre part, les diverses religions et formes de spiritualité. Le réseau des interactions planétaires du système solaire, tel qu’il résonne à l’intérieur de la psyché humaine par l’intermédiaire du système nerveux supérieur n’est pas pour nous l’expression d’une quelconque volonté divine, d’un ordre mystique caché ou d’une mystérieuse organisation de forces occultes et spirituelles. Pour l’école conditionaliste, l’influence des astres du système solaire sur nos comportements et nos destins n’est ni spirituelle, ni poétique, ni symbolique, mais relève d’une physique ou d’une astrophysique concrètes mais encore inconnues. Dans notre optique, l’influence astrale s’explique par le fait que les horloges internes de nos organismes biophysiques sont dans une large mesure synchronisées aux horloges externes dont les astres matériels qui constituent le système solaire, à travers leurs durées de révolution sidérale, indiquent les années, les mois, les jours, les heures, les minutes. Concernant les planètes émettrices de signaux que l’homme intercepte pour les traduire, entre autre, en comportements astropsychologiques, Jean-Pierre Nicola a formellement démontré, dans ses Éléments de Cosmogonie Astrologique, et cela sans aucun recours à des textes sacrés, des icônes, des prières ou des mantras, que les significations que, dans un langage psychologique imagé, nous attribuons aux planètes du système solaire, peuvent fondamentalement et physiquement s’expliquer par le rapport entre le demi grand-axe de l’orbite elliptique de chaque planète et l’intensité de la gravitation à sa surface. Le modèle R.E.T., initiales de Représentation-Existence-Transcendance, est né de cette réflexion sur les fondements astrométriques des significations planétaires. Concernant l’espèce humaine réceptrice et traductrice de ces signaux énergétiques que nous envoient les planètes, l’école conditionaliste a également démontré que les influences astrales, loin d’êtres de purs symboles, s’incarnent dans le vivant au fil des acquisitions biopsychologiques qui se succèdent de la naissance à la mort… et sans doute au-delà de l’existence individuelle. À chaque durée de révolution sidérale des planètes du système solaire correspond l’acquisition de nouvelles fonctions psychologiques qui confirment et approfondissent les significations planétaires traditionnelles. Là encore, aucune démarche religieuse, aucune révélation spirituelle, aucune philosophie spiritualiste ne se sont révélées nécessaires pour comprendre la nature de l’influence astrale. Enfin, l’école conditionaliste a réussi à dégager les fondements naturels et rationnels de l’influence zodiacale, laquelle, loin d’être une émanation symbolique du mythique quaternaire Feu-Terre-Air-Eau, révèle au contraire la sensibilisation de l’homme aux variations de durées diurnes ou nocturnes, lesquelles dépendent directement des déclinaisons planétaires induites par l’inclinaison de la Terre sur son orbite. Je vous accorde bien volontiers que tout cela n’a rien de religieux ni de spirituel, et c’est sans doute ce réalisme, cette rigueur biophysicienne dans l’approche de l’astrologie, cette volonté de bâtir une théorie méthodique et rationnelle pour rendre compte du fait astrologique, qui a pu faire passer les membres de l’école conditionaliste pour des positivistes matérialistes, des scientifiques rationalistes, de froids et austères théoriciens ennemis de toute métaphysique, indifférents au mystère et au sens de l’incarnation. Nombreux pourtant, parmi les membres de l’école conditionaliste, sont ceux qui sont venus à l’astrologie par l’intermédiaire d’une interrogation, d’une recherche et d’une quête spirituelle. J’ai moi-même longtemps recherché le sens profond de la vie, oscillant entre, d’une part, le désespérant sentiment de l’absurdité réelle ou apparente dont semble témoigner la trajectoire pathétique, désordonnée et conflictuelle de nos brèves existences dans l’infini du cosmos ou la densité du néant, et d’autre part, l’intuition, la croyance, la recherche ou le besoin d’une harmonie éternelle et transcendance qui relierait mon être à l’éternel et à l’universel, que l’on peut appeler Dieu ou Etre Suprême. J’ai cherché ce mystérieux sens de la vie dans les évangiles, les upanishads et le Livre des Morts Tibétains, dans les écrits de Krishnamurti, de Sri Aurobindo ou de Maître Eckhart. Pour tout vous dire, j’ai même passé un bon moment à étudier la théologie chrétienne. Et parallèlement, je continuais l’étude de l’astrologie, en veillant à ne jamais confondre, dans la mesure du possible, ma quête spirituelle et l’approfondissement de cette science méconnue à laquelle j’ai consacré la plus grande partie de mon temps. De telles préoccupations, un tel itinéraire, correspondent-ils, à votre avis, au profil d’un matérialiste ou d’un rationaliste ? Tous les membres de l’école conditionaliste, il est vrai, n’ont pas suivi un semblable chemin. Certains sont croyants et d’autres pas. Parmi les croyants, certains sont chrétiens, d’autres plus proches des philosophies et formes de spiritualité orientales. Parmi les incroyants, on compte de francs athées, des agnostiques, des anarchistes et peut-être même — je n’en n’ai pas encore rencontré — d’indiscutables matérialistes. Pour terminer cette brève introduction et pour montrer que je ne suis pas le seul astrologue conditionaliste en proie à ce questionnement métaphysique et à cette quête spirituelle, je vous propose d’écouter quelques extraits d’une lettre que m’a fait parvenir un étudiant conditionaliste au sujet des rapports entre astrologie et spiritualité : “En fait, j’ai toujours cru en un autre versant de la vie, et j’ai rarement hésité à l’appeler Dieu… Aujourd’hui, je devrais être content, l’astrologie m’a prouvé pas mal de choses et m’a conforté dans mes convictions religieuses, mais voyez-vous, j’ai la volonté de pousser plus loin la réflexion et de remettre en cause la formule ‘l’astrologie implique l’idée de Dieu’, ou plutôt de définir une relation plus proche de la réalité des faits. Pour moi, l’astrologie n’est rien d’autre qu’un yoga (au sens étymologique du terme, celui d’un lien, d’une synthèse), qu’une confirmation du principe d’évolution, de devenir, de ‘néguentropie décroissante’, de l’esprit qui doit le mener vers l’unique, la source de toutes choses, le chemin qui mène du personnage du roman au mystérieux romancier lui-même, la Mère ou l’origine, comme on veut.” À ceux d’entre vous qui, en dépit de cette introduction, penseraient encore que les conditionalistes sont d’affreux matérialistes, je tiens à confirmer que les extraits de cette lettre émanent d’un étudiant conditionaliste. Passons maintenant à la deuxième partie de cet exposé. Elle concerne la manière dont l’école conditionaliste perçoit et conçoit les relations et interactions entre astrologie et spiritualité. Mais tout d’abord, qu’est-ce que la spiritualité ? Qu’est-ce que la spiritualité ? Vaste question. Que l’on se réfère à la définition philosophique de ce terme, selon laquelle la spiritualité concerne “ce qui est de l’ordre de l’esprit considéré comme un principe indépendant, par opposition au matériel”, ou à la définition religieuse selon laquelle la spiritualité concerne “ce qui se rapporte à l’âme, par opposition à la chair”, la notion même de spiritualité implique un fondamental dualisme qui structure l’ensemble des conceptions philosophiques ou religieuses dont l’humanité a accouché depuis le début ou la fin de la guerre du feu. Les relations et interactions réelles ou supposées entre Esprit et Matière, Ame et Chair sont à la source d’innombrables textes sacrés, pratiques religieuses ou matérialistes et constructions idéologiques. Il serait vain, trop long et fastidieux d’énumérer et de décrire ici dans le détail l’ensemble de ces conceptions et visions du monde. J’en serais d’ailleurs bien incapable. L’essentiel est sans doute de retenir que cette fondamentale dualité qui structure religions et philosophies depuis des millénaires n’a pas manque de poser problème à ses interprètes. Les uns, prenant acte de cette dualité apparemment incontournable, ont choisi leur camp d’une façon manichéenne l’Esprit contre la Matière, l’Âme contre la Chair (et vice-versa). D’autres, plus subtils, cherchant à transcender cette dualité, ont fait de l’Âme ou de l’Esprit des émanations provisoires de la Chair et de la Matière et vice-versa. Néanmoins, les tentations de la chair ont continué à donner aux spiritualistes Matière à penser, tandis que les matérialistes restaient en proie avec des états d’Âme qui leur perturbaient l’Esprit. Bref, il y a du tangage et du roulis dans la barque des dualistes, qu’ils soient spiritualistes ou matérialistes. Les choses étant ce qu’elles sont, on s’intéresse généralement plus aux opinions des habitants de la barque qu’à la nature de l’océan qui ballotte ce frêle esquif. Il est ainsi d’usage de se définir à l’intérieur du duo-duel que constituent les couples Esprit-Matière et Ame-Chair. Après tout, pourquoi pas ? Mais se définir par rapport à cette dualité fondamentale n’implique pas d’avoir à faire siennes les thèses et croyances de l’un ou de l’autre camp. En conservant la mémoire de la mer porteuse originelle, nous dirons alors que spiritualité et matérialité sont deux faces d’une unique réalité que l’on peut aborder par mille sentiers différents. Apparemment, spiritualistes et matérialistes, qu’ils soient intransigeants ou modérés, ne sont pas près de se mettre d’accord. Peut-être parce que le problème est mal posé ? Les conditionalistes sont en tout cas convaincus qu’il existe une globalité corps-âme-esprit-matière que le prisme déformant du dualisme spiritualiste-materialiste divise et désarticule. Depuis l’apparition de la physique quantique d’ailleurs, les plus matérialistes des scientifiques sont bien obligés de s’interroger sur la réalité du statut de ce qu’ils appelaient naguère “matière” : au niveau atomique, tout ne serait que discrets rayonnements d’ondes et d’énergie, et certains ne se privent pas de faire de ce mystérieux univers subatomique le territoire de l’Âme ou de l’Esprit. De même, depuis les travaux de l’école conditionaliste, les plus spiritualistes des astrologues, ceux qui sont persuadés que les influences zodiaco-planétaires sont d’une nature symbolique, voire mythique, se voient contraints de se demander si l’astrologie n’aurait pas de solides fondements dans la matière du Soleil et des planètes et dans la Chair — ou plus exactement le système nerveux — des Hommes. Pour articuler mon argumentation concernant la manière dont l’école conditionaliste articule l’astrologie et la spiritualité, je vous propose deux citations. La première est de Saint Jean de la Croix, mystique chrétien que l’on ne saurait soupçonner de matérialisme. Or que dit-il dans ses “Poèmes mystiques” ? Je le cite : “Ne point s’embarrasser de ce qui est spirituel, et demeurer dans une profonde nudité et liberté d’esprit.” C’est déjà tout un programme. La seconde citation est de Henri Laborit, savant neurophysiologiste que l’on ne peut suspecter de spiritualisme. Je le cite : “Je ne vois pas ce qui peut davantage ressembler à l’Esprit que la relation, la mise en forme, la structure. La structure d’un message ne se mesure pas.” La phrase de Saint Jean de la Croix veut bien dire ce qu’elle veut dire. Si spiritualité il y a, s’il existe vraiment un niveau de réalité que l’on peut qualifier de spirituel, la meilleure façon de l’aborder est, pour cet authentique mystique, de garder l’esprit libre, et non de projeter sur la spiritualité ses a priori, ses croyances, illusions et fantasmes spiritualistes. Le très sage Krishnamurti l’avait lui aussi parfaitement compris : le spiritualisme est la maladie infantile de toute spiritualité. Il ne suffit pas de se dire ou de se croire en phase avec les discours ou pratiques des diverses religions et spiritualités pour être véritablement en relation profonde avec le mystère de l’être universel. À la limite même, un excés de focalisation sur les thèses spiritualistes peut finir par nuire à toute véritable spiritualité. Ce que Jésus-Christ résume très bien lorsqu’il dit, s’adressant aux gardiens du temple et donc des vérités spirituelles officielles : “Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, vous qui barrez aux hommes l’entrée du royaume des cieux, vous-mêmes en effet n’y entrez pas, et vous ne laisser entrer ceux qui le voudraient”, si l’on en croit les évangiles rédigés par ses disciples. Le squelette planétaire et l’inconnu de l’Âme Tout comme on ne saurait confondre le Sujet avec son horoscope, on ne saurait confondre l’astral avec l’astrologie. Ce que l’on appelle l’astral n’est rien d’autre que l’organisation mouvante qui résulte du réseau des relations et interactions entre les astres du système solaire. Sans Homme pour intercepter et intégrer et traduire sous forme de comportements, de sensations, de mots, d’images, de symboles ou de théories la réalité extra-personnelle, externe, objective que constitue l’astral, il n’y aurait pas d’astrologie. Le ciel n’est donc pas symbolique… mais c’est l’Homme qui symbolise le ciel en lui donnant un langage, l’astrologie. C’est pour tenter de comprendre à la fois la nature de la relation que 1’individu entretient avec son horoscope natal, et la nature de l’influence astrale et les racines de la symbolique astrologique, que Jean-Pierre Nicola a imaginé le modèle S.O.R.I., initiales des quatre référentiels Sujet, Objet, Relation, Intégration. L’Homme-Sujet sur Terre se caractérise, d’un point de vue énergétique objectif, par ses niveaux d’excitabilité, qui sont essentiellement au nombre de trois. Au plus haut niveau d’excitabilité, nous sommes sensibles au court terme, au connu, aux images, au paraître, au langage, aux informations conscientes, aux signaux les plus simples, et qu’y-a-t-il de plus simple qu’un signal unique ? Le plus bas niveau d’excitabilité concernera, lui, notre sensibilisation au long terme, à l’inconnu, à l’invisible, à l’être, à l’indicible, aux informations inconscientes, aux signaux les plus complexes, c’est-à-dire multiples. Enfin, entre ces deux extrêmes, le niveau d’excitabilité moyenne nous sensibilisera plutôt au moyen terme, à l’expérimental, au vécu, à la dimension concrète et sensible, à l’existence, à ce que les sensations brutes permettent de ressentir et d’éprouver. Dans l’optique conditionaliste, nous l’avons vu, le Ciel, qui est un Objet extérieur pour l’Homme-Sujet, est un émetteur de signaux concrets, physiques, non-verbaux et non-symboliques (gravitation, pesanteur, rythmes, cycles, fréquences). Ces signaux peuvent être simples, composés ou complexes. Jean-Pierre Nicola a formellement démontré, dans ses “Éléments de cosmogonie astrologique”, que les astres centraux du système solaire (Soleil, Mercure, Vénus) émettaient des signaux simples, les autres médians (Mars, Jupiter, Saturne) des signaux moins simples ou composes et les astres les plus excentriques (Uranus, Neptune, Pluton) les signaux les plus complexes. Homme-Sujet avec un ‘S’ majuscule, Ciel-Objet avec un ‘O’ majuscule… vous me suivez ? Reste ensuite à se demander quelles sont les effets de la Relation — avec un ‘R’ majuscule — entre Sujet et Objet, l’Homme et les planètes. Vous l’avez compris : les planètes qui envoient les signaux les plus simples sont en relation avec le plus haut niveau d’excitabilité nerveuse, celui qui nous sensibilise au monde des Representations (les codes, les images, les symboles, le visible, le connu, le conscient, l’unique) ; les planetes à signaux composés, en relation avec le moyen niveau, celui qui nous sensibilise à l’Existence (l’éprouvé, le vécu, les faits, le concret, le duel) ; enfin, les planetes émettrices de signaux complexes nous sensibilisent à la Transcendance (l’invisible, le subtil, l’inconnu, l’inconscient, le multiple). De la qualité de la Relation qu’entretient l’individu-Sujet avec les planètes-Objets — c’est-à-dire de la facilité ou de la difficulté avec laquelle il communique avec son ciel, compte tenu de tous les paramètres extra-astrologiques qui le conditionnent, dépend la manière dont il va réussir ou non son Intégration — avec un ‘I’ majuscule — dans le milieu dont il est le fruit et l’habitant. L’être-en-soi, l’Âme d’un être et la manière dont les cycles, rythmes et structures du système solaire charpentent sa psyché ne sauraient, selon l’astrologie conditionaliste, être confondus, même s’ils entretiennent d’étroites relations. L’Âme, l’être-en-soi est un profond mystère qu’aucun discours ne saurait cerner, pas même un discours astrologique. Dans l’optique conditionaliste, le thème natal constitue une “proposition de fonctionnement” dont l’Homme hérite à sa naissance, proposition dont l’actualisation sera facilitée ou contrariée par l’ensemble des conditionnements de son environnement naturel et culturel… et peut-être aussi d’une “qualité d’Âme”, d’une “envergure spirituelle” dont nul ne saurait préjuger. Le thème natal se présente ainsi comme une sorte de structure vide à laquelle milieu se chargera de donner un contenu, un squelette articulant la vie biophysique et structurant la manière dont l’Âme sera susceptible de s’exprimer. De ce point de vue, on pourrait dire que ce squelette sculpté par les gravités planétaires met en forme l’Âme sans en changer la nature. Le thème astrologique natal exprime un ensemble de tendances, de potentiels à la recherche d’un objet ou les investir et les actualiser. Chaque être habite les structures de son thème comme il le peut et, dans une moindre mesure, comme il le veut. Nombreux parmi nous sont ceux, c’est un fait et non un jugement, qui restent leur existence durant dans les limbes de la vie psychique, et se contentent d’exprimer leur vitalité et la puissance de leurs besoins et désirs aveugles à travers le prisme de leur organisation zodiaco-planétaire, indifférents au mystère de l’incarnation, insoucieux de l’infini, de l’universel, de l’éternel. Une minorité d’hommes se sentent interpellés par une dimension plus vaste que la satisfaction narcissique et égocentrique des désirs et besoins primaires. Ceux-là investissent leurs tendances et potentiels au plus haut niveau, dans un objet que l’on peut qualifier de mystique ou spirituel. Entre ces deux extrêmes, la plupart d’entre nous s’efforcent, cahin-caha, de concilier, selon des proportions variables en fonction des individus, satisfaction des besoins et désirs élémentaires et aspiration à une complétude de l’être. Cela me rappelle la “parabole des Talents” de Jésus-Christ, relatée dans l’évangile de Matthieu : “C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.” (Parabole des Talents, Matthieu 25/2–18). À son retour, le maître put juger de ce que les serviteurs avaient fait de leurs talents… Le juste rapport à l’astrologie est parfaitement défini dans cette parabole des Talents attribuée à Jésus-Christ : nous sommes tous des êtres différents et singuliers, inégaux dans nos humeurs, nos actions, nos rêves et nos pensées. Chacun vit sa problématique existentielle propre, sa vocation unique et ontologiquement irremplaçable, structurée par ses héritages terrestre et céleste. Mais l’essentiel, pour prendre un exemple concret, n’est pas d’être “solaire”, “marsien” ou [“plutonien>56]” — c’est-à-dire d’avoir telle ou telle somme de “talents” —, l’important n’est pas ce que nous avons reçu, mais ce que nous en faisons. Dans la parabole des Talents attribuée à Jésus-Christ, le maître (entendez Dieu) finit par revenir de voyage. L’un de ses serviteurs avait dilapidé les talents qui lui avaient été confiés et n’avait plus rien à restituer à son maître ; un autre s’était contenté de garder passivement ses talents ; le troisième, au contraire, restitua à son maître plus de talents que ceux qui lui avaient été confiés, car il les avait investis. C’est évidemment ce dernier qui fit la joie du maître. Les mauvais serviteurs de la parabole ne sont pas d’affreux criminels. Pour en revenir au conditionnement astrologique, le premier s’est contenté de vivre les tendances exprimées par son horoscope natal au mieux de ses besoins vitaux immédiats, tandis que le second a refusé d’exploiter, avec le risque de tout perdre, sa proposition d’être astrale. L’eut-il osé, peut-être serait-il parvenu à convertir un capital vital et psychique en profondeur spirituelle ? Il faut insister sur le fait que la connaissance de l’astrologie ne donne à l’astrologue aucune compétence pour juger et discourir des mystères de l’Âme et de l’incarnation. Par contre, elle peut donner son avis éclairé sur la manière dont chacun dilapide, thésaurise ou exploite les “talents” que représentent les tendances zodiaco-planétaires exprimées par l’horoscope natal. Ce qui, si l’on en croit l’évangile, n’est pas sans importance dans les relations entre l’Homme et Dieu… Quant aux réponses que chacun apporte à la question de la réalité de Dieu… outre qu’elles sont conditionnées par la société et la culture dans laquelle nous voyons le jour, ces réponses sont de l’ordre du pari intime, de la conviction personnelle, de la foi. Et n’en déplaise aux religions, chacun a le droit d’écrire ce qu’il veut sur le tableau noir de l’inconnu de l’Âme, de croire en un sens ou un non-sens, en un dieu unique ou de multiples dieux, à l’absurde ou au néant. Le fait de ne pas prendre parti pour une forme de spiritualité ou une autre n’empêche pas l’astrologie conditionaliste de se présenter comme un outil extraordinairement profond et performant pour comprendre quelle est la relation que l’être, corps-âme-esprit confondus, entretient avec l’universel à travers la matrice de son thème natal, et approcher cette unité centrée que Carl Gustav Jung appelle le “Soi”. Le “Soi”, selon Jung, “est une entité sur-ordonnée au moi. Le Soi embrasse non seulement la psyché consciente, mais aussi la psyché inconsciente et constitue de ce fait pour ainsi dire une personnalité plus ample, que nous sommes aussi… Le Soi est non seulement le centre, mais aussi la circonférence complète qui embrasse à la fois conscient et inconscient ; il est le centre de cette totalité comme le moi est le centre de la conscience… Le Soi est aussi le but de la vie, car il est l’expression la plus complète de ces combinaisons du destin que l’on appelle un individu”… L’expression la plus haute et la plus parfaite de ce que l’on appelle la spiritualité n’est-elle pas, en fin de compte, de devenir pleinement “Soi-même” dans une âme, un esprit et un corps structurés par le cosmos ? L’astrologie, selon l’école conditionaliste, offre une voie royale pour parvenir à être pleinement Soi-même. En effet, le thème natal est probablement l’une des “expression les plus complètes de ces combinaisons du destin que l’on nomme un individu”, et c’est pourquoi les conditionalistes ont développé de performantes techniques pour évaluer comment s’organisent et se hiérarchisent les différentes tendances qu’exprime la structure du système solaire au moment de la naissance. D’une manière symbolique, on pourrait aussi comparer le thème natal au visage que revêt l’âme, les techniques d’interprétation conditionalistes ayant essentiellement pour finalité de parvenir à dresser de ce visage un portrait aussi fidèle que possible. Jean-Pierre Nicola note, je le cite, que “l’individuation, au sens jungien, consiste donc à découvrir son propre visage et à comprendre que cet ensemble est bien à soi, mais qu’il n’est qu’un visage”. Au niveau spirituel, l’interprétation d’un thème selon les méthodes conditionalistes consiste ainsi à découvrir son propre thème et à comprendre que ce thème est bien à soi… mais qu’il n’est que l’expression des structures planétaires de l’être-en-soi, et non le Soi. “L’horoscope n’est pas le Sujet”, avons-nous coutume de dire. C’est pourquoi Jean-Pierre Nicola a pu écrire que, pour ceux qui ne réduisent pas le soi à un caractère fige pour l’éternité dans un chimérique horoscope absolu déniant à l’être la possibilité de se transformer, — je cite Jean-Pierre Nicola — “la hiérarchisation des puissances planétaires est l’approche par étapes sur le chemin que suggère le ciel pour conquérir la totalité de leur être. Leur voie d’individualisation suit leur calendrier d’évolution, des dominantes aux planètes faibles (d’où l’importance des aspects et de toute recherche de hiérarchisation des facteurs astrologique).” Être soi-même au sens jungien, réussir son individuation, c’est-à-dire essentiellement à réaliser totalement la proposition d’être et de fonctionnement représentée par le thème de naissance, c’est finalement réussir son Intégration. Là est sans doute l’ultime finalité de ce que l’on peut appeler la vie spirituelle. Et être astrologue, au sens conditionaliste, c’est tout simplement parvenir à communiquer rigoureusement la nature de la Relation entre l’espèce humaine et le système solaire en général, et la nature de la relation qu’a établi chaque individu avec son propre thème en particulier. Quant à l’Intégration, qui est peut-être le niveau de réalité qui ressemble le plus au spirituel, ce n’est pas du ressort ni de l’astrologue, ni de l’astrologie… mais c’est l’affaire de chacun, en tant qu’être pleinement réalisé, en son âme et conscience comme on dit. Ce n’est donc certainement pas par obsession technicienne ou rationaliste et encore moins par matérialisme maniaque que les conditionalistes ont été amenés à développer des méthodes d’interprétation extrêmement sophistiquées. Pour cerner l’existence de ce “soi” objectif, de ce visage de l’âme qu’est le thème de naissance, la seule démarche raisonnable était de commencer par se donner les moyens pratiques et théoriques d’en faire une description fidèle et rigoureuse. En se sens, une astrologie à dimension véritablement spirituelle a moins besoin de prophètes ou de gourous dont les discours sur l’âme épaississent son mystère en prétendant le dévoiler, que d’humbles interprètes capables de brosser le portrait de ce visage de l’âme qu’est l’horoscope natal, visage qui se transforme, se précise et parfois se transfigure avec le temps qui passe. Pour l’astrologie conditionaliste, l’horoscope natal n’est en rien un miroir statique tendu devant la subjectivité de l’individu afin qu’elle s’y reconnaisse narcissiquement, mais la représentation géocentrique des positions planétaires au moment de sa naissance. Cette structure zodiaco-planétaire, nous 1’avons vu constitue pour nous une “proposition de fonctionnement”. C’est pourquoi les astrologues conditionalistes estiment qu’il est parfaitement vain et illusoire de rechercher dans le thème natal si un être a ou non une vocation spirituelle, tout comme il est vain de rechercher dans les planètes, signes et maisons l’intelligence, la moralité ou la santé. Le même thème, en fonction des influences extra-astrologiques, peut être vécu sur de multiples plans ou niveaux dont on peut imaginer qu’ils sont hiérarchisés. Au niveau le plus élémentaire, l’individu se contentera de vivre ses humeurs égocentriques à travers la structure zodiaco-planétaire de sa naissance. En montant d’un cran, il vivra cette même structure au niveau d’une action objective sur le monde. Un degré de plus, il intégrera son thème sur le mode de la pensée, de l’abstraction. Enfin, au plus haut niveau, c’est-à-dire au niveau spirituel, il investira les mêmes structures zodiaco-planétaires dans la quête d’une plénitude, dans une recherche de vérité et d’absolu, et ainsi reflétera avec transparence l’ordre du monde tel qu’il s’est incarné en lui, conscient du fait qu’il ne fait jamais que refléter une facette, un visage transitoire et sujet à métamorphoses, d’une réalité qui à la fois l’englobe et le dépasse. Son visage, c’est-à-dire son thème natal, épousera alors les contours de l’Âme universelle dont il sera un représentant parmi d’autres… et donc un humble serviteur. Ce sont là de sublimes sommets… qui demandent de ne pas être aliéné en permanence par la lutte pour la survie, de n’être pas obsédé par le fait de rechercher chaque jour sa pitance comme par exemple dans de trop nombreux pays d’Afrique, de ne pas être traqué par les chiens de garde d’une dictature, ou encore de n’être que l’esclave consentant d’une société mercantilo-scientifique. Ventre affamé n’a pas d’oreilles, même pour écouter les plus beaux cantiques, et l’homme en danger ne pense à rien d’autre qu’à sauver sa peau. Le devenir spirituel de chaque homme est étroitement conditionné par les conditions économiques, sociales, culturelles et politiques dans lequel il est inscrit. Ne se réalise pas pleinement qui veut. Il est certaines conditions de vie qui interdisent totalement de vivre son thème au niveau spirituel. C’est pour cela que nous sommes conditionalistes. Et si vous ne me croyez pas, allez donc dire à un petit somalien mourant d’inanition que son Neptune en Maison IX le prédispose à de beaux voyages dans les territoires de l’Esprit. Pour terminer, je vous propose une citation de Jean-Pierre Nicola, fondateur de l’école d’astrologie conditionaliste, qui résume parfaitement nos positions concernant les rapports entre astrologie et spiritualité : “C’est l’esprit ou le plus haut niveau de l’être qui charpente la personnalité. En cas de cassure ou de fissure dans nos charpentes — ne pas confondre avec nos défenses — le psychisme déborde, démontrant son éternelle enfance.” Question hautement spirituelle qui n’est ni spiritualiste, ni matérialiste mais tout-à-fait conditionaliste : le spiritualisme ne serait-il pas qu’un débordement psychique parmi d’autre ? Article paru dans le n° 3 des Cahiers conditionalistes (janvier 1981).

lundi 18 juillet 2022

Richard Pellard Critique de la doctrine des Maitrises planétaires

Critique de la doctrine des Maîtrises planétaires par Richard Pellard* Avec la doctrine Élémentaire (attribution des quatre Éléments aux grands trigones zodiacaux et aux Planètes), celle des Maîtrises planétaires (Domicile, Exaltation, Chute, Exil) constitue l’un des fondements essentiels de ce qu’il est convenu d’appeler, en cette fin de XXe siècle, l’astrologie « traditionnelle », qu’il serait d’ailleurs plus juste de qualifier de « symboliste ». Sommaire Les trônes des vieux astres « On » et « les Anciens » Aux sources des maîtrises Le Soleil maître du Cancer ? Le Thème du Monde Le sexe à domicile est-il logique ? Quand la Lune gouverne le jour et le Soleil la nuit Des exaltations pas très exaltantes… L’analogie contre la logique ? L’odyssée zodiacale des transsaturniennes Quand Pluton dissout la Tradition… Le zodiaque est-il d’essence solaire ? Le point de vue astronomique. Pluton/Scorpion est Balance ! Définition rationnelle du rapport astre/Signe Y a-t-il des affinités Astre/Signe ? Bélier mous et Cancer bagarreurs Citation d’André Barbault tirée de son livre L’Univers astrologique des quatre Éléments : Les trônes des vieux astres L’idée que chaque Signe du zodiaque est « naturellement » associé à un astre qui le gouverne est pour la plupart des astrologues une telle évidence que pratiquement aucun d’entre eux ne songe même à en préciser ou en rappeler les fondements. Ainsi, quelles que soient les différences d’approche qui les caractérisent et les philosophies parfois antagonistes qui les sous-tendent, la quasi-totalité des écoles d’astrologie est-elle d’accord sur au moins deux dogmes : la nature Élémentaire des Signes et l’intangibilité des Maîtrises planétaires. Le postulat selon lequel chaque astre du système solaire gouvernerait une portion de zodiaque n’a pourtant rien d’évident. Un astrologue du XXe siècle, à l’esprit critique et rationnel, soucieux de fonder l’astrologie sur de sérieuses bases astronomiques, est en donc en droit de s’interroger sur la nature de la relation astre-Signe en général et sur la pertinence du système des Maîtrises traditionnelles en particulier. C’est ce que cet article se propose de faire. Dans un premier temps, il m’a paru nécessaire d’effectuer un retour dans le passé, afin de retrouver les sources de la théorie des Maîtrises ; dans un deuxième temps, d’exposer les arguments astronomiques qui plaident contre la réalité des Maîtrises ; et dans un troisième temps, de démontrer à quel point l’utilisation de ce système peut être pernicieux, tant dans la théorie que dans la pratique astrologique. « On » et « les Anciens » Pour illustrer notre propos, citons les écrits de trois auteurs du XXe siècle, qui représentent assez bien quelques-unes des principales tendances de l’astrologie symboliste. Selon A. Barbault, « les anciens n’ont pas manqué d’établir des relations précises entre ces deux valeurs accouplées (Signe et Astre). Leurs premières constatations les ont amenés à placer chaque Signe sous la tutelle d’une planète ». Pour Hadès, « on dit que la planète se trouve « en domicile » dans son signe ». Pour Dane Rudhyar enfin, « Il est dit de chaque planète qu’elle « gouverne » un, voire deux Signes, et qu’elle est « exaltée » dans un autre ». « On » (pronom tout à fait indéfini) a bon dos, et la référence aux anciens, avec ou sans majuscules et tout le respect que nous devons à ceux d’entre eux qui le méritent, ne suffit certainement pas à justifier le dogme des Maîtrises. À moins bien entendu de postuler que l’antériorité d’une théorie quelconque est un critère absolu de validité. On sait que l’histoire des connaissances, dans de très nombreux domaines, nous a largement démontré le contraire. Astrologues de la fin du deuxième millénaire, nous sommes tributaires de l’héritage que nous ont légués les anciens. À nous de le faire fructifier… mais ce serait un bien mauvais service à rendre à l’astrologie que de reproduire et laisser perdurer les erreurs de nos ancêtres. Aux sources des maîtrises D’après les documents historiques dont nous disposons, c’est lors de la rencontre de l’astrologie babylonienne avec la civilisation grecque que la doctrine des Maîtrises planétaires, telle que nous la connaissons aujourd’hui, s’est systématisée. Deux grandes traditions ont nourri l’astrologie grecque : la chaldéenne, plus « physique » et l’égyptienne, plus métaphysique. Il semble que ce soient les astrologues chaldéens qui, les premiers, ont commencé à attribuer des domiciles aux planètes. Rappelons que, lors de la constitution de l’astrologie babylonienne, le phénomène de précession des équinoxes était encore inconnu ; aussi les Chaldéens, et à leur suite les Égyptiens, avaient-ils attribué aux constellations qui se trouvaient en arrière-plan de la bande écliptique les qualités des Signes. Pour les Grecs donc, comme le note Bouché-Leclercq, « c’était une question philosophique à débattre que de savoir si, dans la collaboration des Signes et des planètes, l’harmonie venait de ce que les planètes répartissent l’influence des étoiles, ou au contraire, de ce que les étoiles participent de la nature des planètes et s’accommodent à leur tempérament. Les astrologues avaient tranché la question de pratique en faveur des planètes ». Pourquoi ce choix ? Probablement parce que les plus perspicaces d’entre eux avaient remarqué que les influences planétaires étaient plus fortes et plus significatives que les zodiacales (confondues avec les stellaires avant la découverte de la précession des équinoxes), ce que des siècles d’observation ont largement confirmé depuis. De la primauté des astres sur les Signes, ils ont ensuite inféré qu’existait entre astre et Signe une relation d’ordre hiérarchique : ainsi, d’une manière générale, les astres « commandaient » aux Signes. Le Soleil maître du Cancer ? La pensée analogique, qui à cette époque dominait quasiment sans partage, a alors pris le relais. On peut imaginer les raisonnements de nos lointains ancêtres chaldéens : le Soleil est l’astre le plus important et le plus chaud ; or c’est au moment du solstice d’été qu’il est le plus haut dans le ciel et que commencent les époques de plus grande chaleur sous les latitudes mésopotamo-égyptiennes. Le Soleil ne gouvernerait-il pas la période aux plus longues durées d’ensoleillement et la saison la plus chaude de l’année ? Quant à Saturne, c’est l’astre le plus éloigné du Soleil, donc le plus éloigné de sa chaleur, donc le plus froid… Le solstice d’hiver ne serait-il pas son domaine, et surtout la saison hivernale, au cours de laquelle il fait le plus froid ? Dans cette optique, il pouvait sembler logique de penser que le Signe le plus en affinité avec le Soleil était le Cancer. Un certain Nigidius Figulus, hermétisant égyptien disciple d’Hermès Trismégiste, avait d’ailleurs fait du Soleil le gouverneur du Cancer, situant le domicile de la Lune dans le Lion ! C’est vous dire si le système des maîtrises n’est pas sorti tout construit de la cuisse de Jupiter… Ceci dit, pourquoi la domiciliation du Soleil dans le Lion ? Peut-être faut-il en chercher l’origine dans l’astrologie égyptienne. Essentiellement zodiacale, elle accordait la plus grande importance aux étoiles fixes, tout en vouant un véritable culte au Soleil (Ra). Or il se trouve que de nombreux papyrus mentionnent qu’à l’époque où se constituait la « religion zodiacale » égyptienne, le lever héliaque de Sirius (Sothis), étoile à laquelle les Égyptiens accordaient une importante influence, se produisait dans la direction de la constellation du Lion. En attribuant au Soleil un domicile en Lion, les Égyptiens faisaient d’une pierre deux coups, rendant hommage à la fois à Sothis et à Ra. Ceci explique peut-être cela, et cela d’autant plus que c’est au cœur de l’été, dont les torrides chaleurs étaient analogues à celle de l’astre du jour, que les inondations du Nil battaient leur plein, amenant avec elles richesse et fertilité… Mais, en ce qui concerne la distribution des autres Maîtrises planétaires, il semble bien qu’il faille quitter l’école égyptienne pour les comprendre. Les Égyptiens, plus métaphysiciens que physiciens, à rebours des Chaldéens et plus tard des Grecs, se souciaient peu des planètes concrètes, leur préférant, en exceptant le Soleil et la Lune, leurs dieux imaginaires. Les papyrus datés de 90 à 190 après J.-C. faisant état du système des Maîtrises planétaires montrent clairement une influence pythagoricienne, et donc grecque. En ces temps reculés, les Grecs n’avaient pas encore greffé leur théorie des quatre Éléments sur l’astrologie babylonienne. Nos confrères astrologues, qui pratiquaient alors une astrologie d’origine largement météorologique, pouvaient alors pratiquement observer que juste après le solstice d’été, pendant que le Soleil traversait le Cancer, le temps était chaud et sec. Ce n’est que beaucoup plus tard, à l’époque hellène, qu’il est devenu, par décret Élémentalo-abstrait, un Signe d’Eau froid et humide. Le Thème du Monde Admettons donc que les Égyptiens aient la paternité de la domiciliation du Soleil en Lion par l’intermédiaire du lever héliaque de Sirius. Pourquoi la Lune serait-elle alors domiciliée en Cancer ? Aucune raison naturelle ne légitime a priori cette attribution : la Lune, astre des nuits froides, antithèse du chaud Soleil, n’a apparemment rien à faire dans ce Signe équinoxial où les nuits sont les plus courtes et les jours les plus longs. La tradition pythagoricienne vient alors à notre secours, qui donnait aux planètes l’ordre suivant : Lune, Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne. En conservant au Soleil sa maîtrise du Lion, en adoptant l’ordre pythagoricien et en respectant le sens des Signes, on aboutit inévitablement aux maîtrises suivantes : C’est ce qu’une tradition gnostique, prétendument égyptienne et en fait issue de spéculations hellénistiques, a appelé le Thème du monde. D’après cette tradition, ce thème décrirait les positions qu’occupaient les planètes dans le zodiaque à la naissance de l’univers, chacune étant idéalement en domicile, la Lune en Cancer à l’AS et le MC en Bélier au moment du big-bang ou de ce qui en tenait lieu à l’époque… On pense ce qu’on veut de telles divagations mais, grâce à ce système, les sept astres errants, SDF antiques de la sphère des fixes, avaient enfin un domicile fixe. Ouf ! Mais que faire des cinq autres Signes ? Pourquoi n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à des Maîtrises planétaires ? Nos confrères astrologues finirent par trouver une solution simple et élégante. Le Soleil et la Lune, par un privilège dû à leur condition de luminaires, n’auraient qu’un seul domicile et régneraient chacun sur deux hémisphères : un hémisphère de maîtrises « diurnes » régi par le Soleil (Mercure-Vierge, Vénus-Balance, Mars-Scorpion, Jupiter-Sagittaire et Saturne/Capricorne, la Lune n’ayant pas de domicile diurne puisqu’elle est l’astre des nuits) et un hémisphère de maîtrises nocturnes régi par la Lune (Mercure-Gémeaux, Vénus-Taureau, Mars-Bélier, Jupiter-Poissons et Saturne-Verseau, le Soleil n’ayant pas de domicile nocturne puisqu’il est l’astre du jour). Le sexe à domicile est-il logique ? Tout est alors pour le mieux dans le meilleur des mondes : avec sept astres, on est arrivé à distribuer douze Maîtrises harmonieusement réparties. Certes, le système manque totalement de logique symbolico-naturelle. S’il en avait une, le Soleil, astre du jour, gouvernerait analogiquement les Signes environnant le solstice d’été (Gémeaux-Cancer), période la plus ensoleillée de l’année, et la Lune, astre des nuits, pourrait par exemple être en domicile dans les Signes avoisinant le solstice d’hiver (Sagittaire-Capricorne), époque des plus longues nuits. Mais foin de logique externe ! La majorité de nos ancêtres astrologues semblait se satisfaire de la logique interne de ce système de Maîtrises planétaires… même si cette logique interne était plus que douteuse : en effet, les planètes étaient censées avoir un sexe. Lune et Vénus étaient réputées féminines, Soleil, Mars, Jupiter et Saturne masculins et Mercure androgyne. Ces derniers étaient-ils « dévirilisés » lorsqu’ils étaient sous la coupe des Signes nocturnes de l’hémisphère des Maîtrises lunaires ? Et vice-versa : Lune et Vénus devenaient-elles plus masculines dans leurs domiciles diurnes en Cancer et Balance ? Nos lointains confrères ne semblent pas s’être posé la question. Toujours du point de vue de l’étrange logique interne de ce système, le problème fut résolu, puisque les Signes aussi avaient un sexe : la Lune féminine ne pouvait gouverner qu’un Signe féminin comme le Cancer et le Soleil, Masculin, qu’un Signe masculin comme le Lion. Très bien, mais alors pourquoi Vénus, planète féminine, a-t-elle son domicile diurne dans le Signe masculin de la Balance, et Mars, masculin, dans le Signe féminin du Scorpion ? Ptolémée, pas plus qu’aucun autre, n’a cru bon de nous expliquer le pourquoi du comment d’aussi grossiers illogismes. Mars en Bélier dans son domicile nocturne situé dans un hémisphère gouverné par un astre féminin, la Lune, est-il plus ou moins « masculin » que Mars en Scorpion, masculin dans un Signe féminin mais dans un hémisphère gouverné par le Soleil masculin ? Rassurez-vous, les astrologues grecs avaient réponse à tout, et si vous leur demandiez lequel de ses deux domiciles préférait la planète qui en avait deux, il vous répondaient : celui qui correspond à son sexe… ce qui contredit formellement la primauté des domiciles diurnes sur les nocturnes. Quand la Lune gouverne le jour et le Soleil la nuit Un tel système est parfaitement aberrant. Et ce n’est pas tout. L’hémisphère diurne et masculin (Solaire) et le nocturne et féminin (Lunaire) sont séparés par un diamètre qui passe entre, d’un côté Cancer et Lion, de l’autre Capricorne et Verseau. La logique demanderait que les Signes appartenant à l’hémisphère des domiciles nocturnes (du Verseau au Cancer compris) aient des durées de nuit supérieures à celle des jours, et vice-versa pour domiciles diurnes (du Lion au Capricorne compris). Or, c’est exactement le contraire qui se produit ; pire encore, l’hémisphère des domiciles diurnes contient les deux Signes aux durées nocturnes les plus longues (Sagittaire-Capricorne), et l’hémisphère nocturne les deux Signes aux durées diurnes maximales (Gémeaux-Cancer). Et tant pis si la Lune, astre de la nuit selon la légende, est aussi l’astre du jour lors des nouvelles Lunes, lorsqu’elle accomplit toute sa trajectoire au-dessus de l’horizon en compagnie du Soleil. Il y a là de quoi, non seulement y perdre son latin, mais aussi rejeter l’astrologie grecque et son système de maîtrises planétaires… Des exaltations pas très exaltantes… Le système des domiciliations planétaires est, vous le voyez, passablement absurde. Que dire alors de celui des exaltations ? Dans l’esprit des astrologues grecs, l’exaltation (ou altitude) était le Signe où la planète acquiert ou commence à acquérir son maximum de puissance. Cette définition est totalement floue et équivoque, et mélange plusieurs phénomènes astronomiques : tantôt il s’agit des déclinaisons australes et boréales des planètes (l’astre est alors exalté lorsqu’il commence à s’élever en altitude dans le ciel. Ex : le Soleil est « exalté » en Bélier parce que ses déclinaisons Nord augmentent et qu’il est donc de plus en plus haut dans le ciel), tantôt il s’agit des apogées et périgées des astres (un astre au point de sa course sur l’écliptique le plus éloigné de la Terre étant censé être exalté). C’est n’importe quoi. Et si vous vous demandez pourquoi Saturne est exalté en Balance, ne cherchez aucune raison astronomique : c’est tout simplement parce que, son domicile nocturne (Verseau) étant opposé au domicile du Soleil (Lion), il est nécessairement (?!) exalté dans le Signe diamétralement opposé au Signe d’exaltation du Soleil, ce dernier se trouvant en « dépression » (c’est l’expression désignant la chute) dans la Balance, CQFD ! Dans la même veine et en suivant la même logique délirante, étant donné que la Lune est exaltée en Taureau, Saturne (dont le domicile en Capricorne est opposé à celui de la Lune en Cancer) devrait être exalté en Scorpion… mais Ptolémée, ni aucun autre astrologue de l’époque hellénistique n’en souffle mot. L’analogie contre la logique ? Tous ces illogismes, ces absurdités, sont dans une large mesure le produit d’un analogisme débridé. Mais qu’est-ce que l’analogie, dont la plupart des astrologues pensent qu’elle est une voie royale pour accéder aux mystères de la relation entre l’Homme et le Ciel ? Donnons la parole à un astrologue, Henri Gouchon : ’Deux phénomènes sont, par définition, en analogie lorsqu’on retrouve dans le second des caractères déjà rencontrés dans le premier… la question préjudicielle restant de savoir si, du premier au second des éléments considérés, l’analogie joue en vertu d’un simple parallélisme, d’une corrélation ou d’un rapport de cause à effet ». La pensée analogique est donc une pensée qui cherche et établit des relations de ressemblance ou de correspondance entre différents êtres, objets ou situations, sans se soucier de savoir si ces relations relèvent de causes physiques objectives. C’est une pensée magique, animiste, purement symboliste, commune au primitif et à l’enfant. Faut-il en faire le procès, au prétexte que nos lointains ancêtres astrologues en ont usé et abusé, entre autre dans leur théorie des maîtrises planétaires ? Il est évident que non. Ce serait aussi stupide que de reprocher à un enfant de n’être pas un adulte logique et rationnel. La pensée analogique est le savoir de l’enfance en même temps que l’enfance de tout savoir, y compris le savoir astrologique. Elle représente également « toute démarche initiale d’un esprit, fut-il adulte, placé devant un problème dont le caractère insolite ou complexe le renvoie à l’usage de sa fonction primordiale. Bien intégrée aux autres fonctions psychologiques, la tendance animiste a des vertus créatrices dont on ne saurait priver le genre humain. Par ailleurs, elle correspond à un stade de développement qu’il paraît difficile de supprimer si l’on tient à l’apparition et à l’accomplissement du stade suivant ! » (2). L’analogisme a permis à nos lointains ancêtres astrologues, dans l’enfance de l’astrologie, de saisir les correspondances entre l’Homme et le Ciel. Ils n’avaient d’ailleurs pas le choix d’un autre mode de pensée. C’est au cœur de ce terreau analogique dont elle s’est nourrie qu’a progressivement émergé la pensée logique, exigeant que les correspondances entre les éléments du réel, quand elles existent, soient fondées sur des causes physiques objectives et mesurables, tel un petit d’homme sortant de l’enfance et s’apercevant que les étoiles de sont pas de poétiques lucioles, mais des masses de gaz en fusion thermonucléaire. Il n’est donc pas question de rejeter en bloc la pensée analogique, et encore moins d’instruire le procès. Mais il est indispensable de la dépasser et de démêler, dans l’écheveau touffu des correspondances qu’elle a établi, ce qui relève de ressemblances apparentes et souvent illusoires, et ce qui relève de corrélations objectives. Or, il paraît aujourd’hui évident, grâce au progrès de nos connaissances, que la théorie des maîtrises planétaires ressort davantage de la première catégorie que de la seconde… L’odyssée zodiacale des transsaturniennes Au cours des siècles qui suivirent la parution du Tetrabible de Ptolémée, ce système absurde s’imposa et fut adopté par des générations d’astrologues. Rares furent ceux qui osèrent le critiquer, voire le rejeter. Seul Kepler, semble-t-il, le fit explicitement dans son Harmonia Mundi. À tel point que lui qui était non seulement fortement marqué par le Capricorne (conjonction Soleil-Mercure-Vénus dans ce Signe, plus Uranus dont il ne pouvait connaître l’existence à son époque), mais aussi un savant rigoureux, refusa dans son autoportrait astrologique de se définir comme saturnien, au prétexte, fallacieux selon lui, que Saturne serait le maître du Capricorne. Et d’ailleurs, Saturne n’est pas angulaire dans son thème. C’est dire ! En 1781, on découvre l’existence d’une première transsaturnienne : Uranus. Aussitôt, c’est la panique chez les astrologues : le bel édifice multicentenaire des maîtrises planétaires vient de subir une première lézarde. Il faut derechef lui trouver un domicile ! Explicitement ou implicitement, la logique des « domiciles diurnes » a prévalu : en suivant le sens des Signes et à la suite de Saturne en Capricorne, Uranus se retrouve promu maître du Verseau, signe d’Air (car depuis les débuts du premier millénaire après J.-C., le zodiaque élémental s’est mis à régner sans partage… alors que Ptolémée n’y faisait pas allusion !). Bizarre, pour un astre-mythe assimilé à Prométhée, qui vola le feu (Feu) des dieux. L’Air serait-il ennemi du Feu ? Grave question… Quant à Saturne, qui occupait auparavant le trône, il doit se contenter désormais d’une fonction de vice-roi… et la belle logique interne « traditionnelle » qui présidait aux domiciles a bel et bien volé en éclats. Moins d’un siècle plus tard, en 1846, Neptune est découvert à son tour. Re-panique, mais un peu moindre : en suivant toujours la logique des domiciles diurnes et le sens des Signes, on lui attribue un domicile en Poissons. Ça tombe bien, le dieu des mers dans un Signe d’Eau, et qui plus est nommé Poissons ! C’est la liesse chez les astrologues symbolistes, et Kepler se retourne dans sa tombe. Les deux figures ci-dessus représentent les Maîtrises planétaires sur les Signes, les Éléments étant représentés par des couleurs : rouge pour le Feu, brun pour la Terre, bleu pour l’Air et vert pour l’Eau. La figure de gauche représente les Maîtrises « traditionnelles », celles d’avant la découverte des transsaturniennes, et celle de droite les néo-Maîtrises. Quand Pluton dissout la Tradition… Quatre-vingt quatre ans passent, et Pluton est aperçu au bout de la lunette d’un télescope en 1930. La même logique, issue rappelons-le de la tradition astrologique grecque, qui a présidé aux attributions domiciliaires d’Uranus et Neptune voudrait qu’on fasse de Pluton le maître du Bélier. Ce ne sera pas pourtant pas le cas. Quelques rares astrologues lui attribuent certes le Bélier, mais d’autres en pincent pour le Sagittaire (Volguine) ou les Poissons (Vouga). Finalement, c’est le Scorpion qui gagne au finish, et le système traditionnel des maîtrises est désormais bel et bien pulvérisé : avec Pluton maître du Scorpion, il n’a plus, ni logique interne, ni logique externe. Les astrologues qui croient à la maîtrise de Pluton sur le Scorpion sont en totale rupture avec la Tradition… alors même que, paradoxalement, c’est parmi eux que l’on trouve les plus ardents défenseurs du patrimoine astrologique grec ! Pour plaider leur cause, ils mettent en avant les ressemblances entre les caractéristiques astro-psychologiques plutoniennes et celles du huitième Signe, et la dissemblance évidente entre le sombre et étrange Pluton et le Bélier franc et clair. On sait pourtant à quel point les Anciens tenaient à la logique (?) interne de leurs maîtrises planétaires. Pour la légitimer, ils n’ont en aucun cas procédé à une évaluation systématique des « ressemblances » ou « dissemblances » astro-psychologiques entre astres et Signes. Une fois postulé, a partir d’une prétendue « raison naturelle » soutenue par une démarche tautologique que les deux luminaires étaient domiciliés en Cancer et Lion, et que la répartition des domiciles devait suivre impérativement l’ordre planétaire pythagoricien, c’est avec un froid et abstrait esprit de système, exempt de toute considération astro-psychologique, qu’ils ont distribué les maîtrises. Et ce n’est qu’une fois cette opération accomplie qu’ils ont commencé à s’intéresser aux analogies entre les domiciles et leurs maîtres : une attitude qui est très exactement l’inverse de ceux qui plaident en faveur des similitudes astro-psy entre Pluton et le Scorpion. Le zodiaque est-il d’essence solaire ? Quels sont les phénomènes objectifs qui peuvent rationnellement fonder la relation astre-signe ? Par-delà les symboles et les analogies dont l’homme habille et parfois travestit le réel, c’est sans doute vers les réalités astronomiques qu’il faut se tourner pour trouver des éléments de réponse. Dans le passé, tous les astrologues sérieux (Ptolémée, Kepler, Cardan pour ne citer qu’eux) étaient en même temps astronomes : même lorsqu’ils se trompaient, ils savaient en général de quoi ils parlaient. De nos jours, trop nombreux sont les astrologues qui ignorent tout ou presque du réel astronomique, lequel fonde pourtant le réel astrologique. Le zodiaque et les planètes sont ainsi devenus de pures abstractions langagières avec lesquelles on peut jongler intellectuellement, comme s’ils n’avaient pas de réalité en soi. À l’époque de la naissance de l’astrologie hellénistique, il faut bien reconnaître que, comme aujourd’hui, les astrologues-fumistes, ignares des choses de l’astronomie, étaient déjà légion. Ainsi est-il d’usage d’imaginer le zodiaque comme une espèce de ruban circulaire mythique, large d’environ 17° et de rayon indéfini, qui tournerait autour de la Terre et sur lequel circuleraient de non moins mythiques astres du système solaire et toutes sortes de points fictifs (Lune noire, planètes imaginaires, Parts diverses, etc). Ce ruban serait subdivisé en douze parties égales et aurait une « essence solaire ». Chacun de ces douze secteurs zodiacaux aurait une qualité Élémentaire (Feu-Terre-Air-Eau) et serait gouverné par un ou deux astres. Le point de vue astronomique. La réalité astronomique est toute différente. En fait, astronomiquement, le zodiaque n’a pas d’autre réalité que géocentrique : il est l’inclinaison de la Terre sur son orbite. Il est donc d’essence terrestre, et non solaire. Si l’axe de la Terre n’était pas incliné sur son orbite, la rotation solaire apparente s’effectuerait dans le plan équatorial et il n’y aurait donc pas d’intersection entre plan écliptique et plan équatorial, pas de déclinaisons boréales ou australes, ni solstices ni équinoxes et par conséquent pas de variation des durées diurnes et nocturnes, et en définitive pas de zodiaque. Le zodiaque photopériodique pour une latitude nord moyenne de +45° Les Signes du zodiaque ne tirent, au fond, leur réalité objective et leurs significations concrètes que de leurs déclinaisons et du rapport de leurs durées diurnes et nocturnes, leur équilibre, leur caractère croissant ou décroissant. Et ces variations des durées diurne-nocturne (pour le Soleil) et des temps de présence-absence par rapport au plan de l’horizon (pour la Lune et les planètes) sont elles-mêmes induites par les déclinaisons, lesquelles sont dues à l’inclinaison de la Terre sur son orbite… Le zodiaque n’est donc nullement d’essence solaire. Il s’en suit qu’il n’est pas non plus saisonnier, les saisons terrestres étant déterminées par la croissance et la décroissance annuelle des durées d’ensoleillement. La conception saisonnière, et donc solaire du zodiaque, produit d’ailleurs des résultats absurdes : imaginez un individu ayant le Soleil en Lion, Mars en Balance, la Lune en Capricorne et Jupiter en Taureau. Il est donc né en été, saison « chaude et sèche ». Si l’on s’en tient à la conception solaro-saisonnière du zodiaque, les feuilles mortes devraient commencer à recouvrir Mars en Balance (il est en automne « sec et froid »), la neige devrait tomber sur la Lune en Capricorne (elle est en hiver « froid et humide ») tandis que les marguerites seraient censées s’épanouir dans l’herbe verdoyante du milieu de printemps pour Jupiter en Taureau (il est en printemps « chaud et humide »). Le zodiaque des déclinaisons Que se passe-t-il dans la réalité ? Rien de tout cela. C’est l’été pour toutes les planètes, et il ne neige dans aucun coin du thème natal de notre sujet : tant mieux pour lui, il risquerait un chaud-et-froid ! Plus sérieusement, considérons le cas de la Lune : elle ne se trouve pas « en hiver » et il ne fait pas froid sur les 30° de zodiaque du Capricorne : elle occupe tout simplement une position comprise entre −23° 45 et −20° 16 de déclinaison sud, donc dans le Signe du Capricorne, ce qui lui vaut une durée de présence au-dessus de l’horizon comprise entre 8 h 03 et 8 h 43 pour la latitude de Paris. Pluton/Scorpion est Balance ! L’écliptique, trajectoire apparente du Soleil autour de la Terre, sert de plan de référence zodiacal : les longitudes zodiacales des planètes, que l’on trouve dans nos éphémérides, sont calculées à partir de la projection de leur position réelle sur le plan écliptique. Il ne faut pourtant pas oublier que les orbites planétaires sont toutes inclinées par rapport au plan écliptique, et que les planètes ne suivent donc pas fidèlement la trajectoire solaire. Cette hauteur, positive ou négative, par rapport au plan écliptique s’appelle la latitude céleste. C’est à cause de ces latitudes célestes que la bande zodiacale a été conventionnellement élargie d’environ 8° 30 de part et d’autre de l’écliptique. Vous me direz : « Mais qu’est-ce que cela a à voir avec les maîtrises ? ». J’y viens. Prenons le cas de Pluton, dont le domicile est censé être le Scorpion. Son périhélie (distance minimale au Soleil) se situe dans la direction du 21° Scorpion. À son périhélie, Pluton, dont le plan orbital est incliné d’environ 17° sur l’écliptique, a une forte latitude céleste Nord (+ 14°28’), et donc une déclinaison supérieure à celle du Soleil à 21° Scorpion. Pour le vérifier, prenons nos éphémérides à la date du 1/12/1991, date à laquelle la position de Pluton, projetée sur le plan écliptique, est précisément 21° Scorpion, et notons sa déclinaison : elle est de −4° 01 sud. Cherchons maintenant à quelle date le Soleil a la même déclinaison : c’est le 04/10/1991, et le Soleil se trouve alors à 10° Balance. Pluton à 21° Scorpion a donc les mêmes caractéristiques zodiacales (déclinaison, temps de présence-absence au-dessus de l’horizon) que le Soleil à 10° Balance. Généralisons : lorsque Pluton est dans le premier décan du Scorpion, il a des rythmes Vierge, et dans les deux derniers décans du Scorpion, des rythmes Balance. La logique demanderait alors d’interpréter un Pluton en longitude écliptique fin Scorpion comme un Pluton-Balance. Vous voyez sans doute maintenant où je veux en venir à travers cet exemple : Pluton est actuellement en Scorpion, donc apparemment « en dignité » dans son domicile. Ceux qui croient aux maîtrises planétaires en ont tiré et en tirent encore toutes sortes de conjectures sur le plan individuel et collectif, alors qu’en réalité Pluton se comporte comme un astre en Balance… Avis à la population friande de Maîtrises : ce n’est qu’à partir du 17/10/2000 que Pluton commencera à avoir de vrais rythmes Scorpion, jusqu’au 15/02/2014. Il passera alors, en longitude écliptique, du 11° Sagittaire au 13° Capricorne. Le cas de Pluton est extrême : en effet, il est l’astre dont le plan orbital est le plus incliné par rapport à celui de l’écliptique. Mais les plans orbitaux de toutes les planètes étant plus ou moins inclinés sur l’écliptique, on pourrait en déduire, en toute rigueur astronomico-astrologique, que chaque planète a son zodiaque à elle, qu’elle en est la « maîtresse », et qu’elle seule s’y trouve « en domicile ». Définition rationnelle du rapport astre/Signe Pour mieux évaluer l’absurdité profonde du système des maîtrises planétaires, prenons l’exemple de Pluton à 21° Cancer le 03/12/1930 et décrivons quelques-uns des aspects de ce phénomène céleste : ▶ 1. La planète Pluton, dont la durée de révolution sidérale est de 247,7 ans et qui se trouve en moyenne à une distance d’environ 4276 000 km de la Terre… ▶ 2. … a une déclinaison de + 21° 58 nord (référentiel géocentrique dû à l’inclinaison de la Terre sur son orbite) et une latitude écliptique de + 0°06, ce qui est une déclinaison Gémeaux... ▶ 3. … et à la latitude de Paris, son arc diurne (temps de présence au-dessus de l’horizon) est de 15 h 20 (référentiel topocentrique, propre à la latitude du lieu d’observation terrestre). Cette description rationnelle montre que le Signe n’est jamais qu’une fréquence géocentrique de l’astre. Le Signe n’a aucun existence en soi. Si l’on enlève Pluton et ses caractéristiques astronomiques de cette description, il ne reste plus que la déclinaison et l’arc diurne d’un objet céleste inexistant : « Un Signe sans planète est une abstraction astronomique ». Ce rapport astre-Signe étant rationnellement établi, on peut alors, comme le dit par exemple André Barbault, penser qu’« un jeu d’interférences s’établit où la planète se trouve tonalisée par les valeurs du Signe, en même temps que le signe se trouve en quelque sorte coloré par les tendances de la planète », sachant toutefois que la planète ne va pas changer de nature en changeant de Signe : l’astrologie est planétaire avant d’être zodiacale. Prenons un nouvel exemple : Mars en Bélier. L’astre est alors « en domicile » dans un de « ses » Signes : ▶ 1. La planète Mars, dont la durée de révolution sidérale est de 1 an 322 jours et qui se trouve à une distance comprise entre 55 et 400 millions de km de la Terre… ▶ 2. … a une déclinaison comprise entre + 0° et + 11° 48 nord s’il n’a pas de latitude écliptique… ▶ 3. … et à la latitude de Paris, son arc diurne est compris entre 12 h et 13 h 48. Par quel prodige la planète Mars, qui se trouve en moyenne à des centaines de millions de kilomètres de la Terre, serait-elle le « maître » d’une section d’écliptique, le « propriétaire » d’une portion de zodiaque, bref le « gouverneur », dignifié et réjoui, d’une fraction de l’inclinaison de la Terre sur son orbite ? Vous imaginez-vous l’énormité, l’absurdité de cette affirmation ? Pour quelles raisons logiques Mars serait-il « en dignité » lorsque sa déclinaison est de 5° nord (Bélier) et « en débilité » lorsqu’elle est de 15° nord (Taureau) ? Et que se passe-t-il lorsque Mars, sans latitude céleste, se trouve exactement à 11° 48 de déclinaison nord, c’est à dire exactement à la frontière entre Bélier et Taureau ? Est-il digne ou débile ? Débilodigne ? Dignodébile ? Domicilié ou SDF ? Et si l’AS se trouve exactement à 0° Taureau, c’est à dire à 11° 48 de déclinaison nord, le maître d’AS — lequel concourt, selon l’astrologie à maîtrises, au titre de la dominante —, est-il Mars ou Vénus ? Inutile de préciser que de tels délires réjouissent nos adversaires, les anti-astrologues rationalistes. Ils y puisent d’excellentes et légitimes raisons de penser que l’astrologie ne peut en aucun cas prétendre au statut de science. Y a-t-il des affinités Astre/Signe ? Certaines fréquences géocentriques des astres (certains Signes donc) favorisent-elles une mise en valeur de leurs caractéristiques intrinsèques ? Certaines autres fréquences sont-elles à même de les contrarier ? Mars est-il plus à son aise lorsqu’il se trouve à 5° de déclinaison nord (Bélier), avec un temps de présence au-dessus de l’horizon compris, pour la latitude de Paris, entre 12 h 00 et 13 h 48 ? Si c’est bien le cas, cela signifie que la fonction marsienne a une « préférence » pour les déclinaisons nord croissantes et pour les durée diurnes presque égales mais sensiblement supérieures aux nocturnes, qui lui « correspondent » mieux que d’autres. Pourquoi pas ? Mais alors, comment se fait-il que le même Mars a une affinité, une préférence (un « domicile » dans la terminologie des maîtrises) pour le Scorpion, Signe qui se caractérise par une déclinaison sud croissante de −11° 48 à −20° 16, ce qui induit pour la latitude de Paris un arc diurne compris entre 10 h 12 et 8 h 42, ce qui signifie que les déclinaisons sud croissantes et les durées nocturnes nettement supérieures aux diurnes ont cette fois sa préférence ? Le seul point commun astronomique entre Bélier et Scorpion est la croissance de leurs déclinaisons, caractéristique qu’ils partagent avec Taureau, Gémeaux, Balance et Sagittaire. Si l’on veut être (astro)logique, Mars devrait donc être en domicile dans tous les Signes de Printemps et d’Automne. Mais Mars a également une « préférence » pour le Capricorne, puisque c’est son Signe d’exaltation. Or un astre en Capricorne sans latitude céleste a une déclinaison sud décroissante comprise entre 23° 45 et 20° 16, ce qui correspond pour la latitude de Paris à un arc diurne compris entre 8 h 03 et 8 h 43… Mars aurait donc également une affinité avec de très courtes durées de présence au-dessus de l’horizon… Notons au passage un autre effet absurde de la théorie des maîtrises et exaltations lorsqu’on la combine avec celle des aspects : Mars est maître du Bélier et exalté en Capricorne, Signe qui se trouve à 90° du Bélier. Ce qui signifie que lorsque Mars forme son carré décroissant (aspect réputé « maléfique ») à son domicile, il est en pleine exaltation. Ce concept d’« exaltation maléfique » n’a pas été assez creusé par ceux qui défendent les maîtrises planétaires. Par contre, le domicile Solaire (Lion) est à 120° (trigone) de son Signe d’exaltation (Bélier)… Quant à Saturne, maître du Capricorne et du Verseau, il est à la fois au carré et au trigone de son lieu d’exaltation (Balance). Faut-il pour cette raison forger le concept d’« exaltation bénéfico-maléfique » ? Et ou est la logique dans tout ça ? Les mêmes considérations valent pour les maîtrises et exaltations des autres planètes. Il n’y a strictement aucun logique naturelle dans la distribution des domiciles, et donc pas plus dans celle des chutes et exils. Les prétendues « affinités » n’ont aucun fondement objectif. Il y a donc lieu de douter de leur existence. « Une fonction planétaire s’exprime en tant que telle dans le Signe (rythme géocentrique) où elle se trouve à un moment donné de son cycle. Il ne saurait donc y avoir aucune contradiction dans la relation astre-Signe… Une planète exprime dans n’importe quel Signe les richesses et carences propres à sa nature et à sa fonction. En soi, la présence dans un Signe plutôt que dans un autre ne saurait en aucun cas faire préjuger de ses forces et faiblesses, de ses tendances adaptées ou inadaptées ». Bélier mous et Cancer bagarreurs Qu’il y ait une « relation précise » entre astre et Signe est évident. Que cette relation soit d’ordre strictement hiérarchique (vertical), ce qu’implique le concept de « tutelle », ne l’est pas. Il existe pourtant d’autres types de relations possibles, basées sur l’égalité et la coopération (relations horizontales). Certes, A. Barbault, par exemple, ne néglige pas de constater que « la terminologie naïve des Anciens (Trine, Chute) choque l’esprit moderne […] mais rajeunir le vocabulaire, substituer à ces termes magiques des mots savants, moins poétiques, ne change rien à l’affaire ». L’astro-psychologie d’André Barbault fait donc sienne la théorie de la « tutelle » de chaque astre sur un signe précis, sans la justifier autrement que par la référence, purement historique et culturelle, aux « Anciens ». Ce rapport hiérarchique astre-Signe est d’ailleurs pour lui si évident que, dans son avant-dernier ouvrage paru, dans lequel il remet par ailleurs en question les qualités Élémentaires traditionnelles des Signes, il ne songe pas à le redéfinir ou le préciser. Et c’est sans aucune explication sur les causes objectives de cette relation de « tutelle » qu’il affirme, p. 77, que « le zodiaque des éléments est le zodiaque planétaire » et qu’en conséquence, « chaque Signe est doté de l’élément de la planète rectrice ». Dans la pratique, l’utilisation systématique des Maîtrises planétaires peut aboutir à de grossiers contresens, à de profondes erreurs d’interprétation. On peut avoir une dominante zodiacale Bélier et n’être pas marsien… et même avoir une fonction marsienne très faible et très dévalorisée. N’avez-vous jamais rencontré des Bélier mous, affligés par une fonction lunaire dominante et dissonante ? De même, une dominante Cancer n’implique pas une dominante planétaire lunaire : avec un Mars angulaire, notre Cancérien n’aura rien d’un rêveur, et vous avez certainement déjà croisé le chemin d’un Cancer réaliste et combatif qui se soucie comme d’une guigne du confort de son home, sweet home lunaire… En guise de conclusion, un exemple, celui de Raymond Peynet, né le 16/11/1908 à 7 h 50 à Paris, Scorpion ascendant Scorpion de son état. Le créateur et dessinateur des célèbres, tendres, romantiques et mièvres « amoureux » devrait, si l’on en croit la doctrine des maîtrises planétaires, être un sombre, obsédé sexuel et agressif marso-plutonien… cherchez l’erreur ! Citation d’André Barbault tirée de son livre L’Univers astrologique des quatre Éléments : « Le zodiaque des Éléments est le zodiaque planétaire. Chaque signe est doté de l’Élément de la planète rectrice. Ainsi, le Feu règne dans les signes marsiens du Bélier et du Scorpion, comme dans le signe solaire du Lion ; la Terre dans les signes mercuriens des Gémeaux et de la Vierge, ainsi que dans les signes saturniens du Capricorne et du Verseau ; l’Air dans les signes vénusiens du Taureau et de la Balance, ainsi que dans le signe jupitérien du Sagittaire ; et l’Eau dans le signe lunaire du Cancer et le signe neptunien des Poissons. C’est le planétarisme que nous retrouvons ici, prolongé dans une reconstitution zodiacale, et c’est lui qui doit servir de référence pour nos interprétations de type tempéramental. » Les figures ci-contre représentent, à gauche, les Éléments traditionnels des Signes zodiaque et les Maîtrises planétaires correspondantes, et à droite les nouveaux Éléments affectés aux Signes par Barbault. On remarquera la redoutable logique et la parfaite cohérence d’André Barbault : tous les Signes sauf les Poissons (pourquoi ?) héritent de l’Élément de leur planète « Maîtresse » traditionnelle (avant la découverte des transsaturniennes). Le « Maître » traditionnel du Poissons étant Jupiter, le Poissons aurait dû être un Signe d’Air. Mais André Barbault en a décidé autrement, sans doute parce que cela le gênait qu’il n’y ait qu’un seul Signe d’Eau, le Cancer. Il a donc décidé arbitrairement d’inclure Neptune dans la Tradition et d’exclure Uranus et Pluton… tout en continuant à utiliser les Maîtrises de ces deux Planètes non-traditionnelles sur le Verseau et le Scorpion dans sa pratique. Admirez la rigueur… Article paru dans les n° 4 & 5 du Fil d’ARIANA (octobre 1995 & avril 1996) et dans L’Astrologue (4e trimestre 1996). Cet article vous a été proposé par Richard Pellard Article suivant — Critique de la doctrine des quatre Éléments en astrologie traditionnelle Voir aussi :