Site de l'Association La Vie Astrologique (ex Mouvement Astrologique Universitaire). 8, rue de la Providence. 75013 Paris/ Une approche historico-critique de la littérature astrologique.
Faculté Libre d'Astrologie de Paris (FLAP)
Le but de ce blog est lié à la création en 1975 du Mouvement Astrologique Universitaire (MAU) . Il sera donc question des passerelles entre Astrologie et Université mais aussi des tentatives de constituer des enseignements astrologiques.
Constatant les lacunes des astrologues dans le domaine des
sciences sociales (hommes et femmes, structures
nationales et supranationales etc), la FLAP assurera à ses
étudiants des connaissances de première main et les plus
récentes qui leur serviront de socle pour appréhender
l'astrologie et en repenser les contours.
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dimanche 30 août 2026
Patrice Guinard : Eustache Lenoble (1643-1711): Un Bilan sur l'Astrologie à son déclin (Avec des extraits de son Uranie, ou les Tableaux des Philosophes) par Patrice Guinard
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Eustache Lenoble (1643-1711): Un Bilan
sur l'Astrologie à son déclin
(Avec des extraits de son Uranie, ou les Tableaux des Philosophes)
par Patrice Guinard
Lenoble, d'après les indications qu'il donne sur son propre thème à divers endroits de son traité (Mars à 13 degrés du Sagittaire à la fin de la maison V, la Lune (sans parallaxe ?) à 23 degrés du Cancer à l'Ascendant, la pointe de la maison XII à 21 degrés des Gémeaux...), et comme il utilise probablement la domification Placidus, moins répandue que celle de Regiomontanus, mais plus commode (p.254), serait né à 17h45, le 26 décembre 1643 à Troyes (aucune heure n'est indiquée dans son acte de baptème à la page 162 du registre paroissial de Sainte-Madeleine de Troyes).[1]. Le biographe Philippe Hourcade ignore son jour de naissance, mais signale ses ancêtres : Marié à Perrette Michelin en 1668, il est le fils d'Eustache I Lenoble (1613-1688), président au bailliage de Troyes, et de Françoise Amiot (-1656) mariés en 1642, le petit-fils de Pierre II Lenoble (1574-1651) et de Simone de Mesgrigny mariés en 1612, l'arrière-petit-fils de l'écuyer Adam Lenoble et d'Etiennette Lamy mariés en 1571, et l'arrière-arrière-petit-fils de Pierre I Lenoble (-1590) et de Marguerite Le Marguenat (Hourcade, Entre Pic et Rétif, Eustache Le Noble (1643-1711), Paris, Aux Amateurs de Livres, 1990, p.37).
Thème natal d'Eustache Lenoble, rev. 2015
Eustache Le Noble, baron de Saint-Georges et de Tennelière, historien, physicien et astrologue, a surtout été un dramaturge d'une certaine importance, et ses oeuvres complètes ont été rééditées à titre posthume, en 20 volumes à Paris en 1718, puis à La Haye en 1726. Il a connu une vie passionnée et agitée (adonné aux raffinements libertins, il dilapide sa fortune en quelques années ; incarcéré, il s'évade pour rejoindre une femme avant d'être repris quelques années après), a été mêlé à la politique (il est nommé procureur général au parlement de Metz), et meurt le le 31 janvier 1711 dans la misère.[2]
Cet esprit éclectique a laissé deux textes astrologiques importants. La Dissertation chronologique et historique touchant l'année de la naissance de Jésus-Christ (Paris, 1693) reprend la théorie des Grandes Conjonctions énoncée par Kepler dans son traité De Stella nova (Prague, 1606). Ce thème a été largement débattu par les astrologues, depuis Abû Ma'shar jusqu'au récent ouvrage de Percy Seymour [3] , en passant par Albert le Grand, Guido Bonatti, Cecco d'Ascoli, Pierre d'Ailly, Luca Gaurico, Gerolamo Cardano, Kepler et d'autres.
Son second ouvrage, l'Uranie, ou les Tableaux des philosophes (Paris, G. de Luynes, 1694-1697, 3 vol.; rééd. Paris, Pierre Ribou, 1718) est un traité ambitieux, de nature astro-philosophique : les livres I et II traitent de la philosophie grecque (présocratiques, Platon, Aristote, Épicure...), les livres III et IV de la philosophie moderne (essentiellement Gassendi, Descartes, Copernic et Tycho Brahe), le livre V des fondements de l'astrologie, et le livre VI des jugements astrologiques.
Lenoble invite à partager sa vision critique de l'astrologie, dégagée des préjugés rationalistes comme des superstitions des esprits crédules. Si "cet Art ne peut jamais rien produire d'absolument certain" (p.127), il n'en résulte pas qu'il ne faille lui accorder aucune importance. L'impossibilité de produire des jugements prédictifs n'invalide pas le discours astrologique dans son ensemble. L'astrologie est une philosophie, et l'Uranie est précisément d'abord un abrégé de l'histoire de la philosophie, des Présocratiques à Kepler, astrologue-astronome.
Mais une philosophie ignorante de l'astrologie, comme celle de Descartes, repose elle-même sur des assises bien fragiles. Le Cogito par exemple, qui marque la séparabilité des consciences, n'est qu'une des postures possibles de l'esprit humain, que le savoir astrologique a précisément pour dessein de faire comparaître avec d'autres.
Lenoble reproche aux détracteurs de l'astrologie, penseurs, philosophes et théologiens, de confondre l'astrologie avec les pratiques abusives qui la dénaturent. Ce n'est pas parce que la littérature astrologique a produit un fatras d'affirmations superstitieuses et puériles, que l'astrologie en soi doive être écartée sans examen. Quant à la majorité des astrologues-consultants, ces "vendeurs de fumée" (p.301), ils semblent ignorer la véritable nature de l'astrologie.
Ainsi l'enjeu de l'Uranie est de présenter une vision épurée de l'astrologie, à l'usage des intellectuels comme du grand public : "les prétendus esprits forts qui la blâment et la méprisent sans la connaître seront convaincus de leur erreur, et auront pour elle quelque indulgence (...) les âmes faibles qui par une aveugle crédulité se rendent les dupes des charlatans qui outrent cette connaissance, et qui en passent les limites pour entreprendre des prédictions qui n'ont aucun fondement physique, ne se laisseront plus si facilement abuser par les impostures présomptueuses des astrologues." (p.127)
Au début du livre VI, Lenoble réfute les principaux arguments contre l'astrologie : inutilité des prédictions, divergences entre astrologues, argument des jumeaux, moment de conception, incertitude de l'heure de naissance et autres difficultés techniques, disproportion entre la limitation des qualités élémentales et la diversité de leurs effets sur les individus. Il tente de justifier par des principes physiques et "naturels", à l'instar de Ptolémée et de Kepler, la vraisemblance des structures astrologiques, par exemple l'attribution des qualités élémentales aux saisons et aux signes zodiacaux par des principes de nature climatologique, et ainsi d'adapter l'astrologie aux exigences de la rationalité de son temps.
Lenoble souligne que l'origine des noms des constellations zodiacales est à rechercher dans les phases du cycle solaire journalier (V 8), mais il semble avoir quelque difficulté à accéder à une conception véritablement cyclique du zodiaque, ce qui le conduit à supposer (comme Al-Kindî) une influence de la lumière stellaire : "Quoi qu'il en soit, il faut concevoir que tous ces noms ne servent qu'à distinguer et désigner les constellations, et qu'ils n'ont aucune efficace ni rapport aux influences que la lumière de ces étoiles nous peut apporter." (p.161). Ainsi l'interprétation mythologique doit être abandonnée au profit d'une vraisemblance d'ordre physique.
La source première des "influences" serait, pour Lenoble comme pour son aîné Placidus de Titis [4] , la lumière : "la lumière est l'unique canal de l'influence" (p.154), "nulle lumière, nulle influence" (p.208), "sans lumière il n'y a point d'influence." (p.233), "point d'influence sans lumière, et point de lumière sans corps" (p.258)...
Malgré son effort de rationalisation et son souci d'assainir le corpus astrologique (rejet des Termes ou Fins, acceptés par Ptolémée (p.232) et de la Part de Fortune, une "chimère" (p.256), des noeuds lunaires, des inventions et "arabesques" des astrologues Arabes, des aspects keplériens...), Lenoble reste prisonnier finalement, en dépit de son engagement en faveur de la représentation copernicienne du système solaire (V 4), de la conception physique "aristotélicienne" qui est encore celle qui prévaut à la fin du XVIIème siècle.
Ainsi tente-t-il de justifier les aspects (ici le trigone) par des considérations cycliques (chaque année la Lune progresse de 4 signes par rapport au Soleil et tous les 20 ans la conjonction Saturne-Jupiter progresse de 4 signes) et géométriques (trois trigones forment un triangle équilatéral) [5] , et les planètes et signes zodiacaux par des raisonnements d'ordre physico-météorologiques, à l'instar de Ptolémée et de Kepler. Cependant il reste conscient du relatif échec de cette approche, et semble admettre que ces considérations restent circonscrites par les limites de la connaissance physique de son époque. Contrairement à Kepler, il est persuadé de la validité du zodiaque, des maisons et même des domiciles. En ce qui concerne les signes, il écrit: "j'aime mieux croire que les anciens après de très-longues experiences ont reconnu dans quelques uns de ces signes quelque qualité dominante qui les a déterminés à cette division : ainsi quoi qu'à mon sens elle n'ait aucun fondement solide et naturel." (p.232)
Les explications rationalistes de Ptolémée restent souvent spécieuses.[6] L'approche de Kepler est extrêmement critique et sélective, et en abandonnant le Zodiaque et les Maisons, il semble bien, contrairement à la sentence du frontispice de son Tertius interveniens (1610), qu'il se soit débarrassé d'une partie de l'enfant avec "l'eau du bain". Le discours de Lenoble me semble plus juste. Les fondements physiques et naturels, maintes fois mis en avant dans son discours, ne serviraient tout au plus que de "raisons apparentes", du moins dans l'attente d'une physique qui soit susceptible d'entériner l'essentiel de la pensée astrologique, peut-être celle de l'astronome Percy Seymour.
Le thème de Lenoble explique assez bien son ambivalence, à savoir son souci de purifier le discours astrologique (Saturne au MC et Soleil en Capricorne), tout en préservant l'intégralité d'un corpus vraisemblable (Lune à l'Ascendant), essentiellement ce que j'ai appelé les structures astrologiques, image de la matrice astrale.[7] Car en astrologie, il n'y a pas comme en philosophie, d'origine, de centre, de foyer, visible ou caché, qui serait le point d'organisation des concepts et de développement du discours : tout est structure, tout commence et finit avec les structures. Le Zodiaque est une structure cyclique avant d'être une symbolique ; il opère comme archétype pour le psychisme et pour les découpages du réel qui en résultent. Les opérateurs astrologiques s'organisent dans des structures temporelles qui dépendent en amont du réel astronomique et génèrent en aval des significations et interprétations "métaphoriques". Lenoble l'a compris, même s'il n'a pas toujours su l'exprimer.
Notes
[1] Il est fréquent à cette époque pour les auteurs de traités d'astrologie de laisser des indications parsemées dans leurs ouvrages, afin que le lecteur averti puisse retrouver leurs coordonnées de naissance. Il en va ainsi d'Antoine de Villon dans son traité L'usage des éphémérides (Paris, 1624) ou encore de Nicolas de Bourdin dans son commentaire du petit recueil pseudo-ptoléméen, Le Centilogue [sic] de Ptolomee ou la seconde partie de l'Uranie, (Paris, 1651). Une lecture attentive de ce texte permet d'en déduire que cet auteur est né le 1er novembre 1603, et non en 1583 (!) comme l'indique, dans sa réédition en fac-similé de cet ouvrage (Paris, Trédaniel, 1993), Jacques Halbronn, qui confond Nicolas avec un parent. « Texte
[2] Sur Eustache Lenoble, cf. mon article, "Apogée de l'astrologie française à la fin du XVIIème siècle" (in Astralis, 19, Lyon, 1987) et aussi les "Recherches sur l'histoire de l'astrologie et du tarot", commentaire de Jacques Halbronn à sa réédition d'Etteilla, L'astrologie du Livre de Thot (Paris, Trédaniel, 1993, p.15-21). « Texte
[3] Percy Seymour, The birth of Christ (Exploding the myth), London, Virgin, 1998. Cf. aussi Ornella Pompeo Faracovi, Gli oroscopi di Cristo, Venezia, Marsilio, 1999. « Texte
[4] "La vertu influentielle des étoiles est la lumière." (Placidus de Titis, Primum mobile, traduction Claudine Besset-Lamoine, Paris, FDAF, 1998, p.2). « Texte
[5] Uranie, ou les Tableaux des philosophes, 5.21, p.216. « Texte
[6] Cf. notamment sa justification des Domiciles planétaires dans le Tetrabiblos : La Tétrabible ou Les quatre livres des jugements des astres, trad. Nicolas de Bourdin (1640) revue par René Alleau, Paris, Denoël / Culture, Arts, Loisirs, 1974, p.54-56 ; ou encore Le livre unique de l'astrologie, trad. Pascal Charvet, Paris, NiL, 2000, p.64-65. « Texte
[7] Sur ces notions d'opérateur astrologique, de structure astrologique et de matrice astrale, cf. mon Manifeste, http://cura.free.fr/01manif.html « Texte
IA
.Jacques Halbronn, historien de l'astrologie et chercheur, a étudié et mis en avant l'œuvre d'Eustache Le Noble (1643-1711), un polygraphe et écrivain français du XVIIe siècle.L'œuvre clé : L'Uranie (1697)Contexte historique : En 1697, Eustache Le Noble publie L'Uranie ou la traduction sublime, un ouvrage majeur qui propose une synthèse ambitieuse situant l'astrologie dans un contexte philosophique et scientifique élargi.L'analyse de Halbronn : Dans ses travaux encyclopédiques (notamment pour l'Encyclopædia Universalis) et ses publications sur le site CURA (Centre Universitaire de Recherche en Astrologie), Jacques Halbronn analyse la position singulière de Le Noble.Une vision critique : Halbronn souligne que Le Noble propose une approche critique de l'astrologie. Pour Le Noble, si cet art ne permet pas de prédictions absolument certaines, il reste une branche essentielle de l'histoire de la philosophie, reliant les présocratiques à Kepler.Qui sont-ils ?Eustache Le Noble (1643-1711) : Ancien procureur devenu aventurier, prisonnier et auteur ultra-prolifique. Il a rédigé des pamphlets politiques, des pièces de théâtre, des romans de gare de l'époque et des traités philosophiques.Jacques Halbronn : Docteur en études orientales et spécialiste de l'histoire des textes astrologiques et prophétiques (notamment l'étude des contrefaçons des centuries de Nostradamus). Il anime de nombreux espaces de réflexion critique et de documentation sur la subconscience et l'astrologie. A noter que Patrice Guinard s'est beaucoup servi de notre découverte d'Eustache Lenoble (cf son article dans Astralis 1987)
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